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Yukon : une francophonie unie et active

Les Franco-Yukonnais sont des gens si unis et si actifs! Deux étudiantes québécoises l’ont constaté lors de leur stage en enseignement d’une durée de deux mois à Whitehorse. Jessica Tremblay-Pelletier et Maude Dubé-Laroche ont adoré leur expérience au sein de la Commission scolaire francophone du Yukon. Elles se confient sur ce qu’elles ont vécu dans le Nord.

Depuis qu’elle est jeune, Jessica est à la recherche de nouvelles expériences et de nouveaux défis. « La routine; c’est ma phobie… Je suis curieuse de nature et j’aime me surpasser dans tout ce que j’entreprends; j’aime sortir de ma zone de confort. L’enseignement, ça me passionne! »

Jessica aime apprendre et se perfectionner. C’est pourquoi elle tente le plus possible d’assister à différents événements en éducation, afin d’être à jour sur les nouvelles pratiques. « Aller dans une autre province, avec une réalité différente, c’est s’ouvrir à ce qui se passe ailleurs et c’est découvrir des approches pédagogiques différentes. »

L’étudiante avait notamment comme objectif de faire découvrir et aimer la littérature québécoise et francophone du Canada, espérant renforcer le sentiment d’appartenance des élèves à leur communauté francophone. « Je pense que mon sentiment d’appartenance face à mon identité francophone sera lui aussi accru. Être un passeur culturel n’aura jamais fait autant de sens ! »

Pour Maude, c’était une première expérience loin de chez elle pendant aussi longtemps. Mais elle se sentait d’attaque et prête à relever le défi. « Je suis sincèrement motivée à m’impliquer dans cette école et dans cette nouvelle culture. J’ai bien hâte de voir leurs méthodes d’enseignement et leurs approches pédagogiques. J’ai entendu dire qu’ils adoraient vivre leurs apprentissages à l’extérieur, et je dois dire que c’est un aspect qui me plaît énormément. »

Même si elle ne savait pas trop à quoi s’attendre, Maude était convaincue que cette aventure dans un tout autre milieu scolaire allait être énormément bénéfique à sa future pratique enseignante. « Je crois sincèrement que ce sera pour moi l’expérience d’une vie et que je reviendrai la tête pleine de beaux souvenirs et de nouvelles idées pour ma future profession. »

Premières impressions

Un côté de moi était très excité à l’idée de retourner dans une classe. Mais je vivais aussi une certaine angoisse. Je pensais être frappée par les défis qu’implique l’enseignement dans un milieu minoritaire, mais c’est plutôt la richesse du milieu qui m’a laissée sans mot ! Les gens ont été chaleureux avec moi et ils m’ont si bien intégrée. Je ne m’y suis pas sentie comme une simple stagiaire, mais plutôt comme une collègue de travail. Avec une collaboration étroite entre tous les professionnels de l’école, qui ont chacun leur expertise à apporter, l’école Émilie-Tremblay relève le défi de l’enseignement francophone en milieu minoritaire haut la main.

 

Je devais marcher pour me rendre à l’école, ce qui ne me déplaisait pas du tout considérant la vue magnifique que j’avais sur les montagnes. J’étais sous le charme. Mon enseignante m’attendait impatiemment pour m’accueillir. Plus tard, les élèves ont fait leur entrée dans la classe. Ils m’avaient préparé un petit jeu afin de me permettre d’apprendre leurs noms rapidement. Une charmante petite classe de quatorze élèves tous très attachants à leur manière. Des enfants souriants et dynamiques ont fait partie de mon quotidien pendant huit semaines. Il y a de quoi s’attacher !

Les réalités du milieu

Je n’ai jamais ressenti que la langue française était en danger au Yukon. Je pense que la communauté francophone est tellement unie et active qu’elle permet au reste de la population d’avoir un regard positif quant au français et ainsi développer l’envie d’apprendre cette langue. Cependant, je pense réellement que c’est la valeur que la communauté accorde à sa langue qui fait toute la différence. Le Yukon est la preuve que ce combat constant pour garder notre langue en vaut la peine. De nombreuses familles francophones viennent s’installer ici car elles savent qu’elles pourront s’épanouir dans leur langue.

C’est d’abord la multitude de services disponibles dans l’école qui m’a surprise. De nombreuses périodes sont réservées à la venue de spécialistes en classe, ce qui permet de travailler en sous-groupes et ainsi offrir une différenciation pédagogique aux élèves. Les réalités sont différentes d’une famille à une autre : familles exogames, francophones ou anglophones, la langue parlée à la maison diffère d’un foyer à un autre. Ainsi, les professionnels de l’école sont conscients des niveaux hétérogènes de maîtrise du français des élèves. Afin de permettre à chacun de s’améliorer, le travail en sous-groupe est idéal.

L’école se doit d’offrir des activités parascolaires variées en français afin que les jeunes puissent s’amuser en français, vivre en français. S’arrêter à des services purement scolaires est une erreur. L’offre de contextes riches et positifs en français permet aux élèves de voir la langue comme source d’amusement et non seulement comme un apprentissage.

Après plusieurs années de lutte avec le gouvernement afin d’offrir des services éducatifs pour la minorité francophone au Yukon, c’est en 1996 que la Commission scolaire francophone du Yukon voit le jour. On ne compte qu’une seule école primaire francophone dans la province, l’école Émilie-Tremblay, qui offre des classes de maternelle 4 ans jusqu’à la 6e année. Depuis peu, les élèves peuvent poursuivre leur parcours scolaire dans un environnement francophone au secondaire à l’Académie Parhélie de la 7e à la 12e année. La commission scolaire offre aussi un service d’enseignement à domicile en français de la 1re à la 12e année : l’école Nomade.

 

J’ai été étonnée de constater la quantité de francophones présents à Whitehorse. Ils sont très nombreux et occupent une place importante dans la société. Ils sont considérés et bien intégrés dans la communauté puisqu’ils prennent la place qui leur revient.

À ma grande surprise, j’ai souvent rencontré des anglophones qui faisaient l’effort de me parler en français. Les francophones du Yukon sont fiers de leur langue et de leur culture et ils ne cesseront de partager cette fierté au reste du territoire.

Les Franco-Yukonnais se sont longtemps battus pour faire reconnaître leur langue sur ce territoire majoritairement anglophone. Ils ont réussi à se faire reconnaître en 1982 avec la fondation de l’Association franco-yukonnaise (AFY). Bien des choses ont changé et se sont mis en place avec l’arrivée de l’AFY, qui soutient les francophones du Yukon. On organise plusieurs activités et événements permettant de regrouper les francophones et de promouvoir notre langue.

Les défis et les constats

Un grand défi pour le milieu minoritaire francophone du Yukon, c’est celui du milieu familial. En effet, plusieurs couples au Yukon sont exogames. Ce terme signifie que, dans le couple, un parent est francophone et l’autre est anglophone. Considérant que l’anglais est la langue majoritaire du Yukon, les familles développent le réflexe d’échanger dans cette langue à la maison. Il devient alors encore plus difficile de conserver la langue française quand on y pense. Voilà pourquoi les écoles, les associations et les organismes francophones ont un immense rôle à jouer dans la préservation de la langue française en milieu minoritaire francophone.

L’identité culturelle, tout comme la personnalité, se forge au fil des ans. C’est l’identité culturelle de l’école, de ses membres du personnel, de la famille de l’enfant, qui influe beaucoup sur ce que le jeune veut et voudra devenir plus tard. De plus, les jeunes sont conscients qu’ils sont dans une communauté francophone minoritaire. Ce qui les incite à poser différents gestes, car ils sont conscients qu’ils peuvent faire la différence quant au maintien de la langue. Durant mon séjour au Yukon, une pétition a été déployée par une étudiante en 10e année au secondaire durant l’un de leurs cours afin d’avoir accès à des études postsecondaires en français dans le nord-ouest. La jeune adolescente a été en mesure de recueillir plus de 500 signatures et la demande est traitée à la Chambre des communes. Quel exploit !

 

Qu’en retiennent les stagiaires?

Le Yukon m’a définitivement changée, me permettant de voir la vie sous un autre angle. Je m’y suis épanouie en tant qu’enseignante, mais, au-delà de cela, je ressors la tête remplie de souvenirs et, bien évidemment, avec l’idée de revenir dans ce merveilleux territoire qui a tant à offrir.

Il faut d’abord croire à l’importance de notre langue si on souhaite que le reste du monde le fasse. Être francophone en milieu minoritaire nécessite une lutte constante afin de préserver son identité et le Yukon réussit très bien le défi.

Je ne peux pas m’empêcher de dévoiler que c’est ce stage à l’extérieur de la province qui m’a réellement fait comprendre ce que signifie l’identité culturelle et qui m’a permis de m’en forger une.

— Jessica Tremblay-Pelletier

J’ai eu la chance de faire ce stage dans une classe flexible, ce qui signifie qu’il n’y avait pas de pupitre en rangs d’oignons. J’ai pu constater par moi-même les bienfaits de cette disposition de la classe. J’ai compris que c’est à nous de nous adapter aux besoins des élèves et non l’inverse, et le fait est qu’ils doivent bouger et dépenser leur énergie pour arriver à rester concentrés dans la tâche demandée. De plus, j’ai travaillé avec une enseignante qui est motivée par son travail et qui fonctionne principalement avec la pédagogie par projet. J’ai été surprise de ce que les élèves pouvaient accomplir. Je suis très fière de ce que j’ai appris et accompli à l’école Émilie-Tremblay, et je peux affirmer que j’y retournerai probablement pour y enseigner.

Les Stages en enseignement de l’ACELF constituent des occasions de découvrir d’autres horizons. Ils permettent à des étudiantes et étudiants du Québec inscrits à un programme de premier cycle universitaire et fréquentant une université partenaire de l’ACELF de réaliser un stage dans une école située dans une communauté francophone au Canada. Ces stages sont d’excellents moments de partage d’expériences dans des contextes culturels et éducatifs différents. De plus, ils contribuent au dynamisme des milieux qui les accueillent.

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