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Un stage plus grand que nature au Yukon

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Comment c’est, vivre en français au Yukon? Meagann Coulombe et Annabelle Gosselin, deux étudiantes au baccalauréat en éducation préscolaire et en enseignement primaire au Québec, n’y étaient jamais allées. Pendant huit semaines, à l’école Émilie-Tremblay, elles ont rencontré une communauté francophone humaine et proche de la nature. Elles nous racontent leur expérience et comment elles ont vécu leur stage là-bas.

Cet article est inspiré des bilans des stagiaires qui ont participé au programme de Stages en enseignement dans les communautés francophones de l’ACELF.

Futures enseignantes à la recherche d’aventures

Meagann a fait son éducation primaire en anglais au Québec. Dans son stage, elle souhaitait mettre à profit son expérience et la rendre bénéfique pour les enfants. En fait, elle est consciente qu’il est très difficile d’étudier dans une langue dans un contexte où cette dernière est minoritaire. «  Nos repères sont différents de ceux de nos amis et de notre entourage. » De plus, elle envisageait que cette aventure lui permette d’être « plus connectée » avec sa propre culture afin d’être « une meilleure passeure culturelle ».

 

Annabelle, jeune dévouée et passionnée, n’a pas « peur de se mouiller ». Elle souhaitait que son séjour au Yukon lui offre la possibilité d’agrandir son bagage d’expériences. « Je suis curieuse de voir les différences avec le système d’éducation québécois et d’avoir de nouveaux outils que je pourrai réutiliser au Québec. Cela me permettra d’avoir une ouverture d’esprit face à la diversité et une meilleure connaissance sur le sujet », écrivait-elle avant de partir pour le Nord.

 

Une conscientisation francophone

La langue française n’avait jamais eu une si grande importance dans ma vie. J’ai toujours été fière de parler français, mais sans plus. C’est lorsque je suis arrivée dans ma classe de stage que mon enseignante associée m’a fait remarquer à quel point j’utilisais des mots ou expressions en anglais lorsque je m’exprime. À ce moment-là, j’ai mieux compris mon rôle d’enseignante au niveau langagier. D’avoir été dans une classe où la majorité des élèves utilisent plus l’anglais dans leur vie au quotidien m’a fait réaliser que j’étais encore plus un modèle que je ne le croyais. Je n’avais jamais réfléchi à la façon dont je m’exprimais et c’est ici que j’ai compris ce que cela impliquait dans mon futur métier.

C’est, sans hésitation, ce stage qui m’aura fait réaliser que la langue française, ma langue, est importante et qu’elle mérite que l’on se batte pour la conserver. C’est important de la valoriser.

Ce stage au Yukon m’a aussi rendue plus fière de parler français. En fait, mon expérience ici est complètement le contraire de mon expérience chez nous au Québec. Je me suis souvent fait répéter que c’était une chance que j’avais d’avoir étudié en anglais et d’être bilingue. Je tenais le français pour acquis, puisque c’est la langue parlée par la majorité des gens dans ma province natale. On me mentionnait tellement la grande chance que j’avais de parler anglais.

Ainsi, la société québécoise et mon entourage semblaient valoriser beaucoup plus le fait que je parlais en anglais, puisque ce n’est pas tout le monde qui a cette occasion. Au Yukon, c’est l’inverse! Puisque la langue parlée par la majorité est l’anglais, les gens qui parlent français sont fiers, mais surtout ils accordent une grande importance à cette langue. C’est en habitant dans un milieu minoritaire francophone que l’on réalise la menace réelle qui pèse sur le français et l’importance de le protéger, puisque tout le monde autour de nous parle anglais.

Fiertés, découvertes et apprentissages

Je suis extrêmement fière de mon passage à Whitehorse, mais surtout à l’école Émilie-Tremblay. Grâce à mon enseignante associée d’expérience en milieu minoritaire, j’ai pu exploiter différentes façons d’enseigner avec la nature. Elle m’a aidée à identifier quelles stratégies privilégier et quelles interventions favoriser pour la gestion de classe. J’ai découvert différentes ressources à proximité telles que la francisation, IPLÉ (intervention préventive en lecture et en écriture), des orthophonistes, des orthopédagogues, des psychoéducateurs et plusieurs autres. J’ai aussi été impressionnée par tous les services offerts afin de favoriser la réussite de nos élèves.

Ma vision de l’enseignement ne serait pas du tout la même sans ce stage, qui m’a permis d’ouvrir mes horizons. Sincèrement, je crois que tout le monde devrait être dans l’obligation de faire un stage dans un milieu minoritaire afin de comprendre cette réalité. Il faut la vivre pour la comprendre. Ce stage m’a donné beaucoup plus d’outils que si j’étais restée au Québec.

C’était pour moi une première expérience à habiter seule, ce qui entraînait plusieurs ajustements. En plus d’avoir à m’habituer à un nouvel environnement et à prendre de nouvelles responsabilités, j’avais aussi à prendre ma place dans une école et dans ma classe de stage. Vivre au Yukon m’a fait énormément grandir en tant que personne en me faisant surtout sortir de ma coquille. C’était l’une des principales raisons pour laquelle je voulais réaliser ce stage.

 

Des approches inspirantes

Sur le plan professionnel, je retiendrai l’approche personnalisée et le travail d’équipe préconisés dans cette l’école. Globalement, je trouve que les méthodes d’enseignement utilisées au Yukon ressemblent et concordent beaucoup plus avec les théories et les méthodes enseignées dans nos cours universitaires que lors de mes deux premiers stages. Ceci est dû principalement à la grande quantité d’intervenants disponibles pour aider les élèves.

Par exemple, les groupes de lecture, qui avaient lieu tous les après-midis, du lundi au jeudi, sont très pertinents, puisque les élèves sont séparés en différents groupes en fonction de leurs niveaux de lecture. Dans ma classe, les élèves étaient répartis en cinq groupes. L’un d’eux restait avec moi, un autre allait avec l’enseignante associée, un troisième était avec le moniteur de français et les deux derniers se retrouvaient avec des spécialistes en francisation. Cela permettait un enseignement personnalisé afin que les élèves plus faibles en lecture aient l’occasion de lire des livres adaptés à leur niveau et reçoivent un suivi correspondant à leurs besoins. Les autres groupes de lecture plus avancés ont pu, quant à eux, aller plus loin dans leurs apprentissages en rédigeant un texte narratif détaillé.

Quant au travail d’équipe, j’ai pu être témoin de sa force à deux reprises précisément : lors d’une « collab » et lors d’une CAP (communauté d’apprentissage professionnel). La « collab » se déroulait à la commission scolaire, avec les enseignants de 2e et 3e années, ainsi que les deux conseillers pédagogiques. Son objectif : construire des rubriques qui faciliteraient l’évaluation. En plus de faciliter la correction et de permettre de se justifier auprès des parents, ces rubriques assurent une progression de l’élève.

Richesses culturelles… et naturelles

Sur le plan culturel, il est intéressant de voir que les peuples autochtones ont une place beaucoup plus privilégiée ici que chez nous, autant dans la société que dans le curriculum scolaire. Lorsque nous avons visité les endroits autour de Whitehorse, par exemple à Carcross, les éléments de la culture autochtone décoraient les bâtisses. Pour ce qui est du curriculum scolaire, ces communautés sont beaucoup étudiées dans le cadre des sciences humaines, mais également dans d’autres matières comme les sciences. Un grand respect leur est voué.

J’ai aussi été surprise de constater la grande importance accordée à l’environnement, qui semble être l’une des valeurs communes ici. Par exemple, les bacs de compost sont présents et utilisés, autant à la maison que dans les classes à l’école. Les élèves de ma classe étaient grandement sensibilisés au gaspillage et aux gestes que l’on peut faire pour protéger l’environnement. Cela m’a beaucoup inspirée et je réalise qu’il est important d’éduquer les enfants à ce sujet dès le plus jeune âge, afin que cela fasse partie de leurs valeurs personnelles tout au long de leur vie.

La proximité des gens avec la nature m’a en effet beaucoup impressionnée. Les gens du Yukon font très attention à leur environnement et c’est quelque chose que j’ai envie de garder en moi. Beaucoup de moyens sont mis en place afin de préserver la faune et la flore. De plus, encore une fois, les éléments de la nature ainsi que les peuples autochtones font partie intégrante de l’éducation.

 

Toute une expérience

Ce stage et cette expérience au Yukon ont été très enrichissants, puisqu’ils nous ont permis de travailler sur nous-mêmes, mais aussi d’incarner les passeures culturelles que nous serons dans le futur. En plus, le stage nous a fourni des ressources que nous réutiliserons dans nos carrières d’enseignantes. Si la chance nous était offerte de revivre une telle expérience, nous le referions sans hésiter!

Cette expérience m’a permis de réaliser que j’ai de la facilité à m’entendre avec les gens. Je tisse des liens plus facilement que je ne le croyais, autant avec des adultes qu’avec des enfants. J’ai aussi eu à apprendre à me faire confiance, car je ne pouvais dépendre que de moi-même. Cela m’a poussée à me mettre dans des situations déstabilisantes. J’en ressors grandie.

 

Sur le plan personnel, je tiens à dire que je suis extrêmement reconnaissante d’avoir pu vivre cette expérience et d’avoir pu rencontrer des personnes aussi marquantes. Je n’ai pas assez de mots pour expliquer comment j’ai travaillé sur moi et comment je suis fière de la personne que je suis et que je ramène au Québec. Je crois avoir réussi l’objectif que je m’étais fixé qui était de découvrir un nouvel endroit sans dépendre de personne. Ce voyage de deux mois m’a vraiment fait redécouvrir la personne que je suis.

Pour terminer, autant mon stage, ma famille d’accueil, et les activités et les paysages que j’ai pu voir et explorer avec Meagann méritent que je dise un gros merci à la vie d’avoir mis cette belle expérience sur mon chemin.

 

Les Stages en enseignement dans les communautés francophones de l’ACELF constituent des occasions de découvrir d’autres horizons. Ils permettent à des étudiantes et étudiants du Québec inscrits à un programme de premier cycle universitaire et fréquentant une université partenaire de réaliser un stage dans une école située dans une communauté francophone au Canada. Ces stages sont d’excellents moments de partage d’expériences dans des contextes culturels et éducatifs différents. De plus, ils contribuent au dynamisme des milieux qui les accueillent.

Ce programme de stages reçoit un appui financier majeur du Secrétariat du Québec aux relations canadiennes, en partenariat avec la Commission scolaire francophone du Yukon, le Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique, le ministère de l’Éducation de l’Ontario, le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario et la Division scolaire franco-manitobaine.

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