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Ontario : un charme francophone qui opère

La communauté de London en Ontario a charmé quatre étudiants en enseignement. De retour au Québec après leur stage à l’école élémentaire catholique Frère-André, du Conseil scolaire catholique Providence, Sophie Bergeron, Charles Boucher, Catherine Poulin et Caroll-Ann St-Gelais vont se souvenir longtemps de leur expérience.

Pour Sophie Bergeron, l’ouverture sur le monde est une priorité de vie. Elle espérait de tout cœur pouvoir apporter sa couleur à sa classe et créer un lien avec les élèves dès les premiers jours. « Après tout, l’une des responsabilités des enseignants est de donner aux élèves le goût d’apprendre, en plus de créer un milieu où ils auront hâte de venir chaque jour de la semaine », notait-elle avant son départ.

Charles Boucher était aussi très enthousiaste à l’idée de rencontrer son enseignante associée. « Je souhaite aussi en apprendre davantage sur le milieu scolaire et les caractéristiques de la région pour éventuellement m’y installer. Le changement et l’ouverture sur le Canada font partie intégrante de mes prochains projets et cette expérience peut seulement m’aider à grandir dans tous les aspects de ma vie. »

Avant son départ, Catherine Poulin était persuadée que les acteurs du milieu allaient lui apporter « de toutes nouvelles connaissances autant sur la culture de la communauté franco-ontarienne que sur les méthodes d’enseignement dans un milieu minoritaire ».

De son côté, Caroll-Ann St-Gelais avait « un profond désir à réaliser des apprentissages au sujet des communautés francophones minoritaires, de leur culture, de l’intégration des élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage ».

 

Premières impressions

Tout au long du stage, je me suis familiarisée avec un nouveau milieu scolaire et social. Cela est sans compter le développement personnel que le stage m’a permis de faire! J’étais heureuse de remarquer que la technologie dans cette école est au service de la différenciation pédagogique, contrairement à d’autres milieux où l’on s’en sert comme un artifice systématique. L’école prend aussi des moyens pour sensibiliser les élèves au sujet de la « nétiquette », soit l’habileté des élèves à utiliser les technologies de manière sécuritaire et respectueuse.

 

Dès mon arrivée, j’ai ressenti une onde de fierté indéniable pour la langue française, autant de la part des élèves que chez les enseignants et la direction. Ils sont fiers de leur langue et on le sent rapidement. D’ailleurs, l’accueil chaleureux de la direction m’a permis de me sentir beaucoup plus à l’aise dans ce nouveau milieu. De plus, le respect qu’ont les élèves envers le personnel enseignant et les autres adultes m’a frappée. En effet, il n’est pas rare de me faire dire « Bonjour Madame » par des élèves de l’école, même si je ne les connais pas.

 

Lorsque lundi est enfin arrivé, l’accueil a été très chaleureux. Les membres du personnel m’ont souhaité la bienvenue, m’ont très bien intégré et m’ont fait sentir comme si je faisais partie de l’équipe. Dès les premiers jours de stage, j’ai remarqué que la langue française est très valorisée dans les milieux scolaires francophones minoritaires. En effet, les élèves sont encouragés à constamment parler en français lorsqu’ils sont à l’école ou en sorties scolaires.

 

Je m’attendais, dû à leur jeune âge, à ce que les enfants parlent souvent en anglais et qu’ils aient quelques difficultés à communiquer entièrement en français. C’est alors que j’ai été surpris et très impressionné par la fluidité de leur communication et par leur capacité à toujours parler le français.

De plus, j’ai été très ravi de constater une très grande diversité ethnique et culturelle chez mes élèves. Plusieurs d’entre eux sont originaires de différents pays dans le monde et cela apporte une belle diversité culturelle. Pour certains enfants, le français était leur troisième langue couramment parlée.

 

Les réalités du milieu

J’ai observé que les gens ici sont fiers de pouvoir utiliser les deux langues officielles du pays. Bien que la vie quotidienne en dehors de l’école se passe en anglais, il était rare de voir les élèves se parler en anglais à l’école. La langue française est très valorisée. Elle est vue comme une corde précieuse à son arc, et non comme une langue imposée.

Pour bien des élèves, le français est une troisième langue. Ainsi, il n’était pas surprenant d’apprendre que la majorité des parents des élèves ne sont pas à l’aise en français. Sachant ceci, il était rarement possible d’envoyer des devoirs à la maison, au grand plaisir des élèves toutefois. Cela veut aussi dire que bien des parents ne peuvent malheureusement pas aider leurs enfants à pratiquer des mots de vocabulaire par exemple, ou encore à pratiquer la communication orale. C’est le seul aspect relié au fait que le français est une minorité qui s’est démarqué pendant mon stage.

 

L’aménagement de ma classe était complètement différent de ce que nous retrouvons dans les écoles que j’ai visitées au Québec. C’est un mélange de nos classes usuelles du niveau primaire avec une portion des éléments utilisés en maternelle, comme le tapis de rassemblement et la présence de beaucoup de jouets éducatifs. Cette façon d’utiliser l’environnement permet aux élèves d’effectuer des apprentissages dans plusieurs contextes et sous différents angles par la mouvance continuelle du groupe dans la classe.

Mon enseignante associée utilisait seulement un manuel scolaire et aucun cahier d’activités. Cela permettait donc d’effectuer des activités signifiantes pour les élèves, parfois de manière autonome, en dyade, en petit groupe ou en groupe-classe. J’ai beaucoup appris à appliquer mes acquis universitaires en matière de stratégies pédagogiques dans ce type de classe.

 

Je crois que les jeunes de l’école sont influencés par les membres du personnel, par les autres élèves ainsi que par l’ambiance de l’école. Plus précisément, je crois que la vie de l’école permet aux élèves de grandir dans un milieu scolaire enrichissant. Par exemple, plusieurs activités sont organisées au cours de l’année afin de créer, chez les élèves, un sentiment d’appartenance à l’école. Chaque mois, les enseignants animent des activités durant un après-midi. Il s’agit des équipes Franco-action qui créent des projets dans divers domaines tels que la danse, la technologie, la cuisine, l’environnement, la science, les arts visuels, etc.

En plus, l’école offre une multitude d’activités sur l’heure du dîner ou après l’école comme l’athlétisme, les activités sportives, la foire des sciences, etc. Il y a également des journées Franco-fier, une semaine de l’éducation catholique, une semaine de la francophonie, des messes mensuelles et bien plus encore.

 

En 2018, les conseils scolaires catholiques de langue française de l’Ontario célèbrent leur 20e anniversaire d’existence et du même fait, fêtent 20 ans de fierté et d’excellence dans l’enseignement en milieu scolaire minoritaire francophone. L’Ontario compte au total huit conseils scolaires catholiques francophones. L’école élémentaire catholique Frère-André fait partie du Conseil scolaire catholique Providence qui, lui aussi, fête ses 20 ans d’existence. Bref, les Franco-Ontariens ont dû se battre pour conserver leur langue et on peut voir qu’ils y tiennent toujours autant.

D’ailleurs, le seul fait de chanter l’hymne national canadien en français et de faire des prières chaque matin permet de créer un sentiment de fierté de vivre au Canada et de pouvoir parler en français. Je me souviens que le premier matin à l’école, je me suis sentie un peu étonnée, mais j’ai rapidement réalisé l’importance qu’on accordait à cette routine et à la fierté des élèves de chanter l’hymne national en français.

 

Les défis et les constats

L’atmosphère positive d’enseignement était telle que les élèves étaient contents d’avoir des tests! Cela était pour moi une preuve tangible du fameux désir d’apprendre et du goût de l’école qu’il faut donner aux élèves. Un autre point que j’ai vite remarqué est la place que prend la religion catholique dans l’école. Elle est présente tous les jours, mais davantage sous forme de valeurs telles que le respect et le partage. En effet, à cette école, on cultive les attitudes de leader, c’est-à-dire des attitudes qui allient la pensée gagnant-gagnant à celle proactive, tout en misant sur l’entraide pour créer une communauté solidaire où l’on vit harmonieusement.

 

J’ai appris à connaître une grande partie des élèves lors de la journée des Équipes Franco-Action. On mélange alors les élèves entre les différents niveaux pour former des groupes de classes différentes. Chaque enseignant anime une activité à un de ces groupes composés de différents niveaux scolaires ainsi que de différentes classes. Cette journée permet aux élèves de faire de nouvelles connaissances ainsi que de participer à la pédagogie de plusieurs enseignants, différente de celle à laquelle ils sont habitué. De plus, en tant qu’enseignant, il est très enrichissant et intéressant de travailler avec différents groupes hétérogènes d’élèves pendant cette journée. J’ai énormément appris sur la collaboration d’une équipe-école grâce à la réalisation de cet événement mensuel important.

Notre classe a participé à un grand nombre d’activités organisées par l’équipe-école lors de la durée de mon stage, comme des animations culturelles, des spectacles sportifs et artistiques ainsi qu’une sortie éducative à la cabane à sucre. La multitude et la diversité des activités offertes aux élèves de ce milieu francophone sont très impressionnantes.

 

Le désir du personnel enseignant de forger une identité francophone chez leurs élèves est indéniable. Je considère que les activités, qui rassemblent les élèves de l’école, permettent aux enfants d’avoir une opinion positive de la langue française. En ce sens, chaque mois, il y a une animation culturelle qui veut promouvoir la langue et qui permet aux élèves de tous les niveaux de réaliser des numéros de danse, de chant ou de théâtre en français. Les parents y sont d’ailleurs cordialement invités, ce qui constitue un bel exemple de la collaboration entre l’école et la famille.

 

À cette école, j’ai pu observer une équipe qui communique et qui travaille en coopération dans le but de créer un environnement d’apprentissage en français qui soit positif. Par ailleurs, en apprenant à connaître les élèves, j’ai découvert des personnes ayant un fort sentiment d’appartenance à la langue française. Plusieurs élèves de ma classe aiment affirmer qu’ils sont capables de parler le français. Ils sont fiers de dire qu’ils sont Franco-Ontariens.

 

 

Qu’en retiennent les stagiaires?

Grâce à ce stage en Ontario, j’ai pu clarifier davantage ma vision de l’enseignement et ainsi préciser ma personnalité en tant qu’enseignante. En effet, ce stage m’a amenée à prendre appui sur mes forces pour développer d’autres facettes de certaines compétences. Je suis contente d’avoir pu apporter ma couleur au groupe, en utilisant beaucoup l’approche ludique, par exemple.

Cette orientation plus ludique et kinesthésique m’a obligée à créer beaucoup de matériel. Cela n’était pas de tout repos, mais je suis très satisfaite de l’avoir fait. Je repars chez moi avec bien du matériel clé en main, non seulement grâce au temps que j’ai investi à en créer, mais aussi grâce à la générosité de mon enseignante associée qui m’a partagé une foule de matériel! En plus, tout ce matériel a été testé en contexte réel de classe avec des élèves. Je n’aurais pas pu demander mieux!

De plus, le respect et l’intérêt que j’ai démontrés envers les élèves de ma classe de stage sont tangibles. Si je le pouvais, j’aurais offert à mon enseignante associée de rester jusqu’à la fin de l’année. J’espère et je crois avoir fait une différence dans l’année scolaire des élèves. Ils ont fait une très grande différence pour moi, en tout cas!

 

En plus d’avoir découvert de nouvelles méthodes d’enseignement, j’ai pu acquérir un bagage varié d’interventions adaptées aux différences culturelles, ethniques et cognitives de chaque élève. J’ai appris à mieux positionner mes situations d’enseignement-apprentissage face aux réalités et aux besoins des enfants d’un milieu francophone minoritaire.

Je crois bien avoir éveillé une belle envie de poursuivre ma carrière d’enseignant dans un milieu francophone minoritaire. Cette expérience fut l’occasion d’observer, de vivre et de confirmer mon désir d’enseigner au-delà des frontières québécoises. L’aventure, le changement et la curiosité m’ont amené vers ce beau défi et je suis très heureux d’en ressortir avec une grande ambition d’enseignant francophone à travers diverses communautés. Un nouveau milieu de vie, un système scolaire ontarien et des pratiques pédagogiques complètement différentes, voilà ce qui a contribué à une expérience unique et enrichissante.

 

Wow ! Il s’agit du premier mot qui me vient en tête lorsque je repense à mon stage et aux apprentissages réalisés. Je termine ce stage en ayant une toute nouvelle vision de la langue française. En effet, en ayant fait ce stage en milieu minoritaire francophone, j’ai pu voir à quel point les Franco-Ontariens se sont battus pour conserver cette belle langue. Ainsi, je désire que mes futurs élèves prennent conscience de la chance qu’ils ont de vivre dans un milieu majoritairement francophone.

Je serai éternellement reconnaissante d’avoir eu la chance de réaliser ce stage à l’école élémentaire catholique Frère-André. La fierté, le respect, l’appartenance à la langue française et le professionnalisme qui guident les acteurs au sein de cet établissement permettent réellement de favoriser la réussite des élèves.

 

J’ai pu apprendre sur la culture franco-ontarienne, sur l’enseignement en milieu francophone minoritaire, sur l’éducation francophone et catholique, sur moi-même et bien plus encore. J’ai pu grandir en tant qu’enseignante et en tant qu’être humain. J’y ai également découvert une équipe qui tente constamment d’innover en matière d’éducation. Je suis fière de ce que j’ai accompli lors de ce stage. Je reviens de ce stage grandie et avec une nouvelle vision de l’éducation.

 

 

Les Stages en enseignement de l’ACELF constituent des occasions de découvrir d’autres horizons. Ils permettent à des étudiantes et étudiants du Québec inscrits à un programme de premier cycle universitaire et fréquentant une université partenaire de l’ACELF de réaliser un stage dans une école située dans une communauté francophone au Canada. Ces stages sont d’excellents moments de partage d’expériences dans des contextes culturels et éducatifs différents. De plus, ils contribuent au dynamisme des milieux qui les accueillent.

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