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Manitoba : des moments de fierté en français

Les Franco-Manitobains sont fiers et ils le démontrent à merveille! Trois étudiantes québécoises en éducation ont pu le constater lors de leur stage. Sabrina Lessard, Myranie Bélanger et Chloé Dion sont revenues dans la Belle Province avec plein de souvenirs en tête.

Sabrina était déjà allée en Saskatchewan et à l’Île-du-Prince-Édouard, mais elle n’avait jamais visité le Manitoba. « Je voulais en apprendre davantage sur les gens qui y habitent, sur le milieu minoritaire francophone, en plus de découvrir une façon peut-être différente de voir l’éducation », partageait l’étudiante avant son stage.

 

À la fois exaltée et reconnaissante, Myranie attendait avec impatience ces beaux défis qui allaient s’offrir à elle. « Je réalise ce stage entre autres pour porter un regard nouveau sur la profession d’enseignante. Ces défis sont très signifiants pour moi, car je suis convaincue qu’ils contribueront positivement à ma construction identitaire en tant qu’enseignante en formation. Je crois que ce stage me permettra de réfléchir davantage sur ma propre identité francophone, de même que sur ma manière de m’exprimer en tant que modèle pour les élèves et les parents.

Cholé souhaitait quant à elle s’imprégner le plus possible de la culture franco-manitobaine pour pouvoir l’intégrer à son enseignement dans le futur. « J’aimerais participer à des activités communautaires et discuter avec mon enseignante de sa vision de l’enseignement dans un milieu minoritaire, témoignait-elle avant son départ. Elle désirait aussi transmettre aux élèves sa passion pour la lecture et la littérature jeunesse.

Premières impressions

L’école Gabrielle-Roy à Île-des-Chênes est comme une très grande famille. Les élèves, jeunes comme moins jeunes, sont très respectueux les uns envers les autres et on sent tout de suite le sentiment d’appartenance qui habite chacun d’entre eux. J’ai vite trouvé ma place dans cette école et je regrette que le stage ne puisse se prolonger jusqu’à la fin de l’année, car j’aurais adoré poursuivre cette expérience.

 

Dès les premiers instants passés dans l’école, j’ai vite compris que la mission de l’école « apprendre à apprendre, apprendre à vivre ensemble et apprendre à cheminer » se fait avec fierté, en français. Les enseignants et le personnel témoignent de ce dévouement au regard de la langue française, à un point tel qu’on peut le ressentir également chez les élèves. De plus, un sentiment d’appartenance est très présent au sein de l’école. Effectivement, c’est dans une ambiance vivante et conviviale que les élèves apprennent et s’épanouissent en participant à la radio scolaire, au Festival de Théâtre Jeunesse ou encore aux activités sportives, dans lesquelles les équipes sont connues sous le nom des Béliers.

Je suis tombée amoureuse de cette province. Des plaines à perte de vue, des couchers de soleil rosés et orangés, des petites boutiques locales et surtout des gens très chaleureux et ouverts d’esprit qui m’ont accueillie les bras ouverts. Mon enseignante associée, Mme Élaine, est venue me chercher à l’aéroport et tout de suite j’ai su que j’étais tombée sur une perle rare ! Mon enchantement a continué quand je suis arrivée à l’école le lundi matin : un personnel attentif et dévoué à leur travail respectif m’a permis de m’intégrer rapidement dans l’équipe-école.

Dans notre classe, nous avions une auxiliaire, une personne qui aide l’enseignant. J’ai vite compris qu’avec 25 élèves, dont plusieurs avec des difficultés scolaires, un peu d’aide ne serait pas de trop ! Cela m’a permis de continuer à développer ma compétence de collaborer avec les autres intervenants de l’école.

Les réalités du milieu

La Division scolaire franco-manitobaine compte 24 établissements d’enseignement répartis un peu partout à travers le Manitoba. L’école Gabrielle-Roy compte environ 500 élèves de la prématernelle à la 12e année. On retrouve également une université francophone à St-Boniface, qui est un quartier francophone à quelques minutes du centre-ville de Winnipeg.

J’ai pu voir dans ma classe que certains enfants ayant participé à la prématernelle ont eu un généreux coup de pouce pour les amener à développer leur français. Les gens ici doivent constamment se battre pour parler en français et faire en sorte que les générations futures ne perdent pas leur habileté à parler cette belle langue.

Il y a environ 70 ans, il n’était pas permis d’enseigner le français au Manitoba, alors les enseignants devaient se cacher pour le faire. Aujourd’hui, on sent dans l’école cette volonté de préserver la langue et de montrer aux enfants que le français est une langue belle, précieuse et tellement riche.

Les enfants ont également la chance d’avoir une monitrice de langues à l’école qui fait des activités de culture francophone avec eux pour leur montrer la chance qu’ils ont de parler français et que la francophonie est plus vaste qu’ils ne le pensent.

Je pensais que les élèves maîtrisaient tous la langue française, sans exception, La plupart des élèves parlent bien le français, mais certains la maîtrisent moins bien. J’en ai discuté avec mon enseignante associée, et elle m’a expliqué que parfois les parents sont francophones, tandis que d’autres sont anglophones, Je suis contente, car maintenant j’ai une vision plus juste de ce que représente un milieu francophone minoritaire. Au début, je parlais très vite aux élèves : pour moi, ils parlaient français, donc ils comprenaient. Je me suis vite rendu compte qu’en raison de mon accent et de mes expressions différentes, ils ne me comprenaient pas toujours. Alors, je me suis adaptée.

J’ai été surprise de voir que, dès que nous sortions de l’école, pas beaucoup de gens parlent le français. Cependant, dès que je vais dans un magasin ou un restaurant et que les personnes entendent que je parle français, ils font un effort pour le parler. Je trouve que cela est une grande marque de respect envers cette langue.

Des activités parascolaires en français sont offertes le midi ou le soir (cours de dessins, improvisation, chorale, etc.). De plus, le Centre culturel franco-manitobain, situé à Winnipeg, offre plusieurs activités animées en français. Cela permet aux gens de continuer de parler le français même à l’extérieur de l’école.

En effectuant mon stage au côté de M. Bazin, j’ai vite compris l’importance de la relation avec les élèves. En effet, les élèves adorent la personnalité dynamique et l’enseignement de M. Bazin, y compris les élèves d’autres niveaux. Particulièrement dans les cours de mathématique, les élèves résolvent le problème du jour au son d’une musique entraînante. De fait, j’ai appris à enseigner dans un climat de classe encourageant et stimulant, où l’erreur et la prise de risques sont vues comme une occasion d’apprendre. De fait, j’ai vite vu que les élèves peuvent apprendre dans le plaisir.

J’ai été impressionnée par la volonté d’apprendre des élèves. J’ai aussi été ébranlée que certains de mes élèves parlaient aisément trois langues différentes, et ce, passant de l’anglais et du français par l’espagnol, l’allemand et le swahili. Toute une richesse dans une même classe!

Myranie et M. Richard Bazin devant l’école Christine-Lespérance à Winnipeg, Manitoba.

Les défis et les constats

Mon enseignante associée m’a permis de m’intégrer progressivement dans la classe. Je pense que si j’avais commencé à enseigner plus tôt, j’aurais moins apprécié, car je n’aurais pas assez connu les élèves. J’ai appris à les connaître tout au long de ces huit semaines et maintenant je ne pourrai jamais les oublier. Ils sont pleins d’énergie, curieux, sensibles, ouverts aux différences, souhaitent faire de nouveaux apprentissages et surtout ont un cœur immense.

Je vois des élèves différents selon la langue qu’ils parlent. En français, je dois leur rappeler de parler plus fort, de regarder la classe quand ils parlent tandis que lorsqu’ils parlent en anglais, je remarque tout de suite qu’ils sont plus confiants. Il est important de continuer de travailler leur confiance lorsqu’ils parlent en français, car ils sont très bons et plus tard ils seront contents d’être bilingues. De plus, je pense qu’ils sont encore beaucoup influencés par leur famille et leurs amis quant à savoir s’ils doivent parler en anglais ou en français.

Contre toutes mes attentes, la langue française est bien ancrée dans le quotidien et dans l’identité des Franco-Manitobains. J’ai pu particulièrement le comprendre dans l’école, mais aussi dans la communauté. Les gens sont très attachés à leur langue et ils en sont fiers. De fait, j’ai vite été saisie par leur registre de langue, qui, à mon sens, est supérieur à celui du Québec. Les Franco-Manitobains soignent la langue française et ses expressions. J’estime que ces petits détails témoignent que les gens d’ici, contrairement au Québec, doivent travailler fort pour garder vivantes la langue française et la culture.

Dans le cadre de la Semaine nationale de la francophonie, ma classe de stage a participé au concours Francoportraits. Ensemble, les élèves devaient identifier un mot de la langue française qui reflétait leur attachement à la culture francophone. Après une riche discussion, ils ont choisi le mot « Francophonie ». Par la suite, les élèves devaient écrire le mot avec leur corps. Contre toutes nos attentes, notre classe a remporté le concours ! Ils étaient très heureux! De plus, le directeur de l’école a décidé d’imprimer cette photo sur une grande bannière pour l’afficher à l’entrée de l’école Christine-Lespérance! Wow, quelle fierté! Je peux, en quelque sorte, affirmer que j’ai laissé ma trace dans cette école!

Avec leur corps, les élèves ont illustré le mot « francophonie ».

J’ai adoré travailler avec des élèves de minorité francophone. Certains élèves ont la chance d’avoir des parents qui leur parlent en français, d’autres ne parlent qu’anglais à la maison. Mais comme ils sont considérés comme ayant droit à l’éducation française, on les envoie à l’école francophone. Pour certains élèves, la marche est difficile à franchir, alors que pour d’autres, elle se monte plus facilement.

J’ai vraiment réalisé que j’aimais enseigner en maternelle lorsque j’ai commencé à faire avec les élèves des activités que j’avais moi-même créées. J’ai fait avec eux des activités sur le thème de l’entraide, sur le thème des LEGO et sur celui des pirates. J’ai eu beaucoup de plaisir à les voir découvrir, apprendre et s’entraider dans les différentes activités que je leur proposais.

J’ai aussi adoré l’entraide que j’ai vue dans l’école entre les différents niveaux. Dans la classe, les élèves avaient la visite des élèves de 8e année une fois par semaine pour réaliser des activités avec eux, que ce soit en français, en mathématiques ou toute autre matière scolaire. Les élèves de maternelle adorent travailler avec des élèves plus vieux et ces mêmes élèves leur servent également de modèle de langue française.

Qu’en retiennent les stagiaires

J’ai réalisé un rêve d’enseigner dans les grandes salles de classe, de même que de lire des romans dans cette bibliothèque lumineuse et unique! Au cours de cette expérience, j’y ai découvert un enseignant associé dévoué et impliqué, des élèves tout aussi charmants les uns des autres ainsi qu’une ville surprenante! Ce stage m’a permis d’en apprendre beaucoup sur moi-même, sur mes valeurs et mes aspirations. Être fière de ma langue et de ma culture, c’est l’une des choses de ce que j’aurai appris de plus cher au regard de mon séjour au Manitoba.

Dans la classe, plusieurs élèves avaient des difficultés d’apprentissage, alors ce fut intéressant d’utiliser mes connaissances pour les aider au maximum à progresser dans leur cheminement scolaire. J’ai pu aussi pratiquer ma gestion de classe. De plus en plus, les élèves comprennent qu’ils doivent m’écouter comme ils le font avec Mme Élaine. Mon enseignante m’a partagé beaucoup de trucs que je garde précieusement dans mon coffre à outils pour le futur !

J’espère leur avoir apporté autant qu’eux m’ont apporté. J’ai grandi en tant qu’enseignante, mais aussi en tant que personne dans cette extraordinaire aventure. Je n’avais jamais enseigné à 25 élèves en même temps. Ce fut un beau défi. Un défi que j’ai relevé et que je n’oublierai jamais. Je vais m’ennuyer d’eux énormément. Chacun de mes élèves est gravé dans mon cœur.

Je serais restée beaucoup plus longtemps, car je me suis vraiment attachée. J’ai appris à apprécier et à aimer la maternelle et je suis tellement contente d’avoir vécu une situation qui m’a sortie de ma zone de confort. Les élèves vont me manquer, leur petit accent franco-manitobain également. Je ressors de cette aventure le cœur rempli de joie, la tête haute et remplie de beaux souvenirs professionnels et personnels et l’espoir d’un jour pouvoir revenir dans cette belle province, que ce soit pour un voyage personnel ou pour l’enseignement. Manitoba, tu m’as étonnée, merci pour tout et je te dis à la prochaine!

 

Les Stages en enseignement de l’ACELF constituent des occasions de découvrir d’autres horizons. Ils permettent à des étudiantes et étudiants du Québec inscrits à un programme de premier cycle universitaire et fréquentant une université partenaire de l’ACELF de réaliser un stage dans une école située dans une communauté francophone au Canada. Ces stages sont d’excellents moments de partage d’expériences dans des contextes culturels et éducatifs différents. De plus, ils contribuent au dynamisme des milieux qui les accueillent.

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