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Les citrons de la COVID-19 prennent un goût de limonade au Manitoba!

Élizabeth Gosselin, étudiante en éducation à l'Université du Québec à Rimouski - campus Lévis, réalisait un stage à l’école Roméo-Dallaire, à Winnipeg, dans le cadre du programme de Stages en enseignement dans les communautés francophones de l’ACELF

La vie se montre parfois bien imprévisible! Au cours du printemps 2020, les écoles du pays ont dû fermer leurs portes, mettant au défi la capacité d’adaptation de plusieurs. Imaginez-vous en train de faire votre stage en enseignement, à l’autre bout du pays, à ce moment précis. Tout un imprévu! C’est ce qu’a vécu Élizabeth Gosselin, étudiante en éducation préscolaire et en enseignement primaire, à l’Université du Québec à Rimouski – campus Lévis. Elle réalisait alors un stage à l’école Roméo-Dallaire, à Winnipeg, dans le cadre du programme de Stages en enseignement dans les communautés francophones de l’ACELF. Devant cette situation inattendue, elle s’est montrée ingénieuse. La vie a fait pleuvoir à ses pieds des citrons, mais elle en a profité pour en faire une délicieuse limonade!

Francosphère a réalisé une entrevue avec Élizabeth Gosselin ainsi qu’avec son enseignante associée, Tiffany Lyon, pour vous présenter, sous forme de balado, son stage hors du commun.

Les beaux jours

Partie au Manitoba pour vivre une expérience de stage dans une autre communauté francophone et « sortir de sa zone de confort », Élizabeth était loin de se douter de ce qui l’attendait. Cette dernière est arrivée à Winnipeg à la fin du mois de février. Elle a tout de suite constaté le dynamisme de l’école, son côté accueillant. Tout le personnel était véritablement uni pour faire rayonner le français!

Élizabeth a rapidement tissé des liens avec les enfants de sa classe de maternelle. Elle leur a partagé un peu de sa façon de vivre la francophonie. Les jeunes ont même eu beaucoup de plaisir à découvrir les expressions, parfois rigolotes, du Québec! La stagiaire a aussi constaté que, pour plusieurs élèves, l’école était le seul endroit où ils avaient l’occasion de parler français, une caractéristique qui rend le milieu scolaire francophone d’autant plus important!

La pluie de citrons

Trois semaines après l’arrivée d’Élizabeth au Manitoba, l’école devait déjà fermer ses portes à cause de la pandémie. Tiffany pensait alors que cette interruption ne durerait que deux semaines et qu’ensuite, les choses reviendraient à la normale… Difficile de s’imaginer que les écoles resteraient fermées si longtemps! Quand Élizabeth a reçu un message lui recommandant fortement d’interrompre son stage et de retourner au Québec, cette dernière a décidé de rester au Manitoba. Elle s’y sentait en sécurité et avait envie d’aider les élèves, même en confinement. « J’ai vu l’opportunité d’apprendre de cette situation-là, mais aussi d’apporter mon soutien, mon aide, d’être présente », confie la future enseignante. « J’étais très fière d’Élizabeth, de la façon dont elle est restée calme. Elle a soupesé ses options. Elle a compris qu’elle pouvait apprendre de tout ça. Je lui ai dit qu’on pourrait apprendre ensemble, si elle voulait bien », ajoute Tiffany.

La création de la limonade

Que faire pour aider ses élèves à poursuivre leurs apprentissages en français lorsqu’ils sont confinés chez eux? Que faire, surtout, dans le contexte où le français n’est pas toujours la langue parlée à la maison par les jeunes, comme c’est le cas de certains enfants de couples exogames ou plurilingues? Quelques jours avant la fermeture officielle des écoles, Tiffany et Élizabeth ont créé un document, destiné aux parents, avec quelques trucs simples pour intégrer le français dans le quotidien de la vie des enfants. Après tout, les parents sont des partenaires inestimables de la réussite éducative et de la construction identitaire de leurs enfants. Ils forment, avec le milieu éducatif et les jeunes, le trio gagnant! La pandémie l’a démontré plus encore.

Avez-vous déjà pensé à changer les paramètres de votre télévision en français? C’est le genre de petit truc simple qui peut faire une différence et qui a été partagé aux parents par Tiffany et Élizabeth. « Quelle superbe idée! Mon enfant parle en français à la télé maintenant! », a mentionné un parent. Les deux femmes ont également créé des pochettes avec des exercices personnalisés pour chaque élève. Le but était de « les aider à réinvestir les apprentissages de l’école pour les vivre à la maison », explique Élizabeth.

La maternelle est une étape importante qui permet aux jeunes de lier le plaisir à la découverte du français, notamment par le jeu. Il était donc important de trouver des façons d’aider les jeunes à poursuivre leur exploration de la langue française, d’une autre façon. « On parle beaucoup d’adaptation en enseignement, j’ai vraiment pu le constater », ajoute-t-elle.

De la limonade à servir

Après la fermeture des écoles, Élizabeth et Tiffany souhaitent en faire plus. Alors que Tiffany crée des rencontres virtuelles avec ses élèves afin qu’ils aient l’occasion de continuer à parler en français, Élizabeth planche sur une autre initiative. L’étudiante a eu l’idée de créer un répertoire de ressources éducatives pour les parents, afin de les outiller à aider leur enfant dans leur construction identitaire en français. Une fois partagé sur le Web, son document a eu beaucoup de succès! Plusieurs parents ont expliqué que le document leur est très utile. « Je l’ai même offert à d’autres enseignantes et d’autres parents qui ont des enfants de cet âge-là et ils l’ont beaucoup apprécié », explique Tiffany. Des répercussions qui font « chaud au cœur » à la stagiaire qui s’est montrée créative et déterminée dans son souhait d’accompagner les élèves pendant cette période particulière.

Le petit goût sucré

À l’issue de son stage, Élizabeth envisage maintenant d’enseigner à l’extérieur du Québec, dans une autre communauté francophone. Selon elle, cette expérience lui a permis de devenir une personne plus forte. Ce genre de situation « forge notre caractère, nous amène à changer nos façons de faire pour innover et s’adapter », ajoute-t-elle. Son travail pour les jeunes de la maternelle de l’école Roméo-Dallaire a non seulement marqué pour toujours son cheminement, mais il a également fait une différence indéniable dans la vie des élèves. Pour preuve : même si son stage est terminé, elle a été invitée à se joindre à un nouveau groupe virtuel de diffusion de vidéos, en français, avec les jeunes de la classe. Ces derniers ont hâte d’avoir de ses nouvelles! Et puis, confiné ou pas, à distance ou en personne, il est toujours possible de rester connecté et d’innover!

Les Stages en enseignement dans les communautés francophones de l’ACELF

Les Stages en enseignement dans les communautés francophones de l’ACELF constituent des occasions de découvrir d’autres horizons. Ils permettent à des étudiantes et étudiants du Québec inscrits à un programme de premier cycle universitaire et fréquentant une université partenaire de réaliser un stage dans une école située dans une communauté francophone au Canada. Ces stages sont d’excellents moments de partage d’expériences dans des contextes culturels et éducatifs différents. De plus, ils contribuent au dynamisme des milieux qui les accueillent.

Ce programme de stages reçoit un appui financier majeur du Secrétariat du Québec aux relations canadiennes. Les stages sont réalisés en partenariat avec la Commission scolaire francophone du Yukon, le Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique, le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario et la Division scolaire franco-manitobaine.

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