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Colombie-Britannique : toute une aventure francophone!

Des Franco-Colombiens ont fait vivre une expérience très enrichissante à trois étudiantes en enseignement en adaptation scolaire du Québec. Alexandra Beaudoin a passé quelques semaines à Langley alors que Geneviève Deschênes et Marie-Ève Moreau ont séjourné à Nanaimo. Elles parlent de leur stage qui les a fait réfléchir, tant d’un point de vue personnel que professionnel.

Alexandra était très excitée à l’idée de partir à l’école des Voyageurs de Langley. Elle a sauté à pieds joints dans l’aventure. Elle avait hâte de découvrir les différences entre le système scolaire québécois et celui de la Colombie-Britannique. « Je pourrai mieux comprendre l’inclusion scolaire qui est plus ou moins utilisée au Québec, expliquait-elle avant son départ. Ce sera sans doute un énorme défi de devoir gérer une classe de plus de huit élèves. »

 

Geneviève, qui a fait son stage à l’école Océane de Nanaimo, souhaitait pour sa part promouvoir la francophonie en encourageant l’utilisation de la langue française et en étant une ressource pour les jeunes apprenants. Elle souhaitait également découvrir de nouvelles méthodes d’enseignement et se les approprier afin de pouvoir les appliquer efficacement auprès des jeunes. « Enseigner dans un milieu francophone minoritaire m’amènera à découvrir des pratiques d’enseignement ainsi que des techniques d’intervention distinctes de celles que j’utilise habituellement », témoignait-elle avant son départ.

 

Avant son stage à l’école Océane de Nanaimo, Marie-Ève savait que l’expérience qu’elle allait vivre lui permettrait de découvrir la culture des élèves à qui elle allait enseigner. « Les élèves ont des expériences et une relation à la langue française qui diffèrent complètement de ce que je vis au Québec. En faisant un stage dans un tel milieu, je vais pouvoir découvrir qui ils sont, leur culture et leurs référents. J’aurai aussi l’occasion de partager ma culture avec eux. »

Premières impressions

J’ai tout de suite été charmée par la petite école et ses 92 élèves. Dès que j’ai mis les pieds dans l’établissement, j’ai été submergée par l’ambiance chaleureuse qui se dégageait des intervenants, des élèves et de l’école. L’équipe m’a accueillie à bras ouverts et m’a fait découvrir la chaleur dont regorgent les petits milieux. J’ai tout de suite eu l’impression de faire partie d’une grande famille! J’ai été merveilleusement bien accueillie par tous les intervenants du milieu qui ne souhaitaient qu’une seule chose, que je découvre leur réalité.

J’ai aussi compris très rapidement que le français est, pour certains élèves, uniquement parlé à l’école. En effet, à l’extérieur de l’école, c’est l’anglais qui domine dans toutes les sphères. Les élèves ne pratiquent pas couramment le français et éprouvent donc certaines difficultés à le comprendre, à le parler et surtout à le lire.

Avant cette expérience de stage en milieu minoritaire, je ne m’étais jamais réellement questionnée sur la place que la francophonie portait dans ma vie. Elle ne représentait qu’une simple langue, voilà tout!

Venir enseigner en Colombie-Britannique m’a permis de prendre conscience que le français était bien plus qu’une simple langue.

Dans ce milieu minoritaire francophone, la langue française représente une communauté, une façon de vivre à laquelle on s’identifie et pour laquelle on développe un sentiment d’appartenance. L’école Océane est un petit établissement d’apprentissage qui accueille une centaine d’élèves ayant un milieu de vie, une culture et des connaissances bien à eux. La direction de l’école et les enseignants considèrent que la langue française représente bien plus qu’une façon de s’exprimer. Elle représente une chance incroyable de s’ouvrir aux autres et de définir qui l’on est en tant qu’individu.

 

Accueillie à l’aéroport par mon enseignante associée tenant une affiche de bienvenue faite par des élèves de l’école, le ton était donné pour le reste de mon stage. Arrivée à l’école, le personnel a été très accueillant. Mon enseignante associée a tenu à me présenter chaque nouvelle personne que nous croisions dans le couloir.

 

 

Dès mon arrivée à Nanaimo, j’ai eu le souffle coupé par la beauté des paysages qui s’offraient à moi. L’océan était à mes pieds et les montagnes aux sommets enneigés se dressaient au loin. Les arbres gigantesques m’entouraient et l’air salin m’enveloppait. Je ne pouvais pas demander mieux. L’école Océane est une petite mais magnifique école. La convivialité de l’école est sans doute ce qui m’a le plus charmée lors de mon arrivée.

Les réalités du milieu

Le Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique (CSF) regroupe une quarantaine d’établissements scolaires accueillant au total 6000 élèves dans toute la province. Le CSF offre une variété de services à la population francophone, notamment La forêt de l’alphabet, un programme universel qui favorise la littératie. Ce programme de prévention est offert à tous les enfants de la maternelle. Le CSF a également mis en place un programme d’intervention orthopédagogique, Le sentier de l’alphabet, qui vise davantage les élèves de la première année qui présentent des lacunes en littératie.

Plusieurs événements historiques permettent de bien comprendre comment le français a survécu dans les communautés francophones de la Colombie-Britannique. Dans les années 1980, les Franco-Colombiens ont créé un drapeau à leur effigie. Pendant ces années, la première école publique francophone a ouvert ses portes à Vancouver. De plus, diverses associations francophones ont vu le jour à travers la province, dont le Conseil jeunesse francophone de Colombie-Britannique. Ce Conseil offre des activités parascolaires aux jeunes francophones qui habitent en Colombie-Britannique afin qu’ils puissent parler français dans un milieu autre que l’école.

Je pense que c’est l’ensemble de la communauté franco-colombienne qui, par ces nombreux combats au fil des décennies, a permis à la langue française de survivre. En effet, la connaissance et l’apprentissage d’une langue ne peuvent être supportés que par l’école. Il est nécessaire d’avoir l’appui de toute la communauté afin d’enseigner l’importance de la langue et d’amener les jeunes à développer leur propre identité francophone.

 

Le CSF a été créé en 1995 après une longue bataille juridique pour faire valoir les droits des parents francophones de la province. C’est le seul conseil scolaire francophone en Colombie-Britannique. Ainsi, son territoire est très étendu.

Depuis sa création, le conseil scolaire, de front avec la Fédération des parents francophones de Colombie-Britannique, est aussi impliqué dans des causes juridiques afin de défendre ses droits et ceux des élèves en matière de financement, d’admission des élèves, de transport scolaire et d’infrastructures. Quant à elle, l’école Océane compte environ 130 élèves de la maternelle à la septième année. Il s’agit d’une petite école qui compte six classes. Parmi celles-ci, seulement une n’est pas une classe à plusieurs niveaux.

Les défis et les constats

En réalisant ce stage, je me suis rendu compte de l’énorme défi que représente l’enseignement en milieu minoritaire. Je n’avais jamais été heurtée à cette réalité puisque le Québec est une province majoritairement francophone. Chaque jour, les intervenants scolaires doivent agir auprès des élèves afin qu’ils parlent en français.

Le défi auprès de ces jeunes est de développer l’identité francophone en les amenant à communiquer en français dans leurs activités scolaires et en trouvant des façons de susciter leur intérêt par rapport à cette langue. Pour ce faire, l’école organise des sorties scolaires en français ou fait venir des invités francophones. Par exemple, tous les deux ans, la classe de 6e et 7e année participe à un camp de trois jours. Ce camp regroupe les élèves de trois écoles francophones différentes et leur permet de créer des liens et de former des amitiés en dehors du milieu scolaire. L’école propose également des services de francisation, de classe d’accueil et d’orthopédagogie aux élèves qui éprouvent plus de difficulté ou qui possèdent moins de soutien pour apprendre le français. Ces services aident les parents et les élèves à vivre des réussites dans le milieu scolaire francophone.

En somme, un des grands défis de l’école de langue française en milieu minoritaire est non seulement d’assurer le succès des élèves sur le plan scolaire, mais aussi de développer chez eux une identité francophone.

À lui seul, le milieu scolaire ne peut relever ce défi. Il est nécessaire d’avoir l’appui des parents et de la communauté afin de modeler cette identité et ainsi assurer la pérennité du français en Colombie-Britannique.

Lors de mon stage, j’ai eu la chance de côtoyer une majorité d’enfants ayant l’anglais pour langue maternelle. Bien qu’ils complétaient les derniers milles de leur passage au primaire, j’ai pris conscience qu’une identité francophone n’était pas tout à fait développée chez certains d’entre eux. Nous devions leur rappeler chaque jour de communiquer en français ce qui, la plupart du temps, était bien accueilli par les élèves.

En raison de leur bas âge, je crois que certains d’entre eux ne comprennent pas la chance qu’ils ont de pouvoir apprendre dans une langue différente de celle qu’ils utilisent couramment. Ils sont mis directement en relation avec la communauté francophone de la Colombie-Britannique et celles d’autres territoires du Canada, par des sorties éducatives, ainsi que des activités pédagogiques. Selon moi, cela favorise grandement le développement de leur identité ainsi qu’un sentiment d’appartenance à la francophonie.

J’ai été agréablement surprise de constater que le personnel enseignant ainsi que la direction offraient des activités éducatives aux apprenants plusieurs fois par semaine. Les élèves sont amenés à forger leur identité et à développer un lien avec la communauté francophone, ce qui est tout à fait avantageux pour la maîtrise de la langue française. Selon moi, il est essentiel que les élèves puissent s’ouvrir au monde francophone afin de favoriser leur sentiment d’appartenance, c’est-à-dire le sentiment de faire partie d’un groupe de personnes ayant des intérêts communs.

 

L’école Océane joue un rôle important pour assurer la survie du français à Nanaimo, car l’école est souvent le seul endroit où les élèves parlent français dans leur vie. C’est en parlant français avec d’autres personnes et en tissant des liens avec des membres de la communauté francophone de la ville que les jeunes pourront s’identifier en tant que francophones avec fierté et continuer à parler français une fois qu’ils ne seront plus sur les bancs d’école.

Comme c’est le cas pour toutes les langues, que ce soit en contexte minoritaire ou majoritaire, le français parlé par les élèves, les parents et les autres membres de la communauté est grandement influencé par l’environnement dans lequel il évolue. Ainsi, certains mots en anglais ont été francisés et font partie du vocabulaire des gens de la communauté.

La mission de l’école Océane est de développer l’identité culturelle des élèves et de promouvoir le développement d’une communauté francophone. Un défi pour les enseignants de l’école est donc d’amener les élèves à s’identifier en tant que francophones avec fierté. Encourager les élèves à parler français en classe, à l’école et à l’extérieur de l’école est un combat que le personnel enseignant mène à tous les jours.

Un autre aspect difficile en contexte minoritaire est le peu de ressources locales disponibles en français. Par exemple, pendant mon stage, nous sommes allés en sortie. Les animateurs à l’endroit où nous étions parlaient tous anglais. Un autre exemple est l’artiste autochtone d’une galerie locale qui ne parlait pas français et qui est venue parler de sa culture aux élèves. Ces deux expériences sont très enrichissantes pour les élèves et répondent à certaines demandes du curriculum, mais elles n’étaient disponibles qu’en anglais. Le personnel enseignant est donc pris entre valoriser le français et multiplier les expériences positives dans cette langue et offrir des expériences enrichissantes, mais seulement disponibles en anglais.

 

Qu’en retiennent les stagiaires?

Les élèves que j’ai rencontrés pendant mon stage sont très jeunes. Leur identité envers une langue est donc encore en formation. Je dirais que ce sont les intervenants, les pédagogues et toutes les autres personnes qui gravitent autour de l’élève qui influencent le plus l’identité francophone des jeunes. Je pense que c’est la qualité des relations qu’ils entretiennent avec ces personnes qui définit l’identité francophone de l’élève et son désir d’apprendre et de parler le français.

J’admire énormément le travail que réalisent le personnel de cette école et celui de toutes les écoles du CSF. Ils font un excellent travail auprès des jeunes et de la communauté afin de créer un environnement d’apprentissage en français.

Ils relèvent un défi de taille chaque jour en tentant de créer une identité francophone aux élèves qu’ils côtoient. Ils m’ont permis de découvrir leur réalité et leur passion pour la langue française. Ils m’ont appris à avoir un œil nouveau sur ma langue et à ne pas la tenir pour acquise.

Ces gens m’ont fait réaliser la chance que j’avais au Québec d’être dans une province francophone et de profiter des ressources à ma disposition pour développer l’identité francophone des élèves auxquels j’enseignerai plus tard.

 

J’ai eu une chance incroyable d’enseigner au sein d’un milieu minoritaire francophone, de développer mes compétences professionnelles et d’apporter ma couleur. J’ai également fait la rencontre de personnes merveilleuses qui m’ont amenée à grandir tant au niveau professionnel que personnel.

Intégrer une école en milieu minoritaire francophone pendant huit semaines m’a permis de mieux comprendre leur importance au sein d’une communauté principalement anglophone. Ces écoles sont bien plus que de simples établissements scolaires ; ce sont des milieux de vie dans lesquels les élèves sont amenés à s’ouvrir au monde et à la culture francophone, à forger leur identité et à développer leur sentiment d’appartenance. Selon moi, les enfants qui fréquentent un milieu minoritaire francophone ont une chance extraordinaire de construire leurs apprentissages.

Cette expérience de stage m’a également amenée à comprendre que le français était bien plus qu’une simple langue. Le français représente une communauté, une culture, un mode de vie auxquels nous décidons de nous attacher.

 

Je n’avais jamais pris le temps de réfléchir à la place du français dans ma vie et comme faisant partie de mon identité. Être francophone dans un milieu minoritaire m’a permis de prendre conscience que le français a une place importante dans ma vie. De ce fait, j’utilise maintenant le mot « francophone » aux côtés de « canadienne » ou « future enseignante » lorsque je décris qui je suis, ce que j’aime et ce à quoi j’aspire.

Avant, être francophone n’était qu’un fait. Maintenant, c’est une fierté.

 

Les Stages en enseignement de l’ACELF constituent des occasions de découvrir d’autres horizons. Ils permettent à des étudiantes et étudiants du Québec inscrits à un programme de premier cycle universitaire et fréquentant une université partenaire de l’ACELF de réaliser un stage dans une école située dans une communauté francophone au Canada. Ces stages sont d’excellents moments de partage d’expériences dans des contextes culturels et éducatifs différents. De plus, ils contribuent au dynamisme des milieux qui les accueillent.

 

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