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Moi, j’suis pas francophone

C’est connu, les écoles de langue française ont non seulement le mandat de favoriser la réussite éducative des élèves, mais aussi de contribuer à construire leur identité francophone. Dans les dernières décennies, nos écoles se sont enrichies d’élèves avec un bagage culturel et linguistique de plus en plus diversifié. Pour plusieurs de ces jeunes, souvent plurilingues, la langue française n’est pas toujours la langue maternelle ou la langue la plus parlée à la maison. Or, la question se pose : parviennent-ils, à travers leur cheminement scolaire, à se définir comme francophones? Si ce n’est pas le cas, pourquoi? Et si, comme nous le suggère la chercheuse Catherine Levasseur, dans la revue Éducation et francophonie, l’école cessait d’enseigner comment être plus francophone, pour enseigner plutôt comment l’être mieux, « et permettre à toutes les formes d’identités francophones d’émerger »?

Francosphère a rencontré des étudiants en éducation qui souhaitaient en apprendre plus sur le sujet. Dans le cadre de la publication de son article « Être plurilingues et francophones : représentations et positionnements identitaires d’élèves de francisation à Vancouver », dans le numéro thématique « La francophonie, un objet à redéfinir », de la revue Éducation et francophonie, Catherine Levasseur a répondu à leurs questions dans cette vidéo.

Être francophone, c’est pour les autres?

Les résultats présentés par la professeure adjointe Catherine Levasseur sont déterminants pour tout professionnel du milieu de l’enseignement des écoles de langue française au pays. Cette dernière a réalisé une étude auprès d’élèves plurilingues ayant fréquenté une école de langue française de la Colombie-Britannique, en 2010-2011. Elle s’est, entres autres, intéressée aux représentations de l’identité francophone de ces jeunes, alors âgés de 6 à 11 ans. À travers leur cheminement scolaire, ces élèves recevaient un soutien linguistique en français. Ce que la chercheuse a constaté, c’est qu’une large part de ces élèves ne se définissait pas comme francophone. « Ceux-ci font des efforts d’investissement et montrent un certain intérêt pour être accueillis et légitimés comme néo-locuteurs du français et comme francophones. [Cependant,] ils ne se reconnaissent pas dans les représentations qui sont véhiculées dans leur milieu scolaire », écrit-elle dans son article.

Valoriser des identités francophones diversifiées

Pour Vicky Lalande, étudiante au baccalauréat en éducation à l’Université d’Ottawa, à travers ce constat, une question importante s’impose. « Comment, en tant qu’enseignante ou enseignant, [peut-on aider] des jeunes, qui n’ont pas comme langue première la langue française, à développer un sentiment d’identité envers [cette] langue? »

Selon la chercheuse, « l’école, les enseignants et l’ensemble de la communauté scolaire ont un rôle important à jouer pour changer les choses, notamment en essayant de montrer des modèles de francophonie beaucoup plus diversifiés. On peut être francophone et bilingue, on peut être francophone et plurilingue, on peut être francophone et avoir un accent différent de l’accent qui est valorisé à l’école. [Les professionnels du milieu de l’éducation doivent s’interroger sur] les modèles, la musique, les films, les personnalités publiques [qu’ils choisissent de présenter aux élèves]. […] Il y a plein de façons d’être francophone. Si on montrait davantage de modèles et qu’on valorisait différentes pratiques langagières, les élèves pourraient comprendre qu’eux aussi font partie de la francophonie », conclut Catherine Levasseur.

Voilà qui donne matière à réflexion et à discussion! Serait-ce là l’occasion de revoir notre façon de présenter la francophonie à nos élèves? Pour en savoir plus sur les conclusions de la chercheuse, ses analyses, sa méthode ou encore le contexte de son étude, plongez-vous dans son article! Ne vous donne-t-il pas envie de connaître quelques trucs pour faire vivre aux jeunes une francophonie diversifiée et inclusive? Consultez aussi cette capsule de Francosphère sur ce principe directeur!

Bref portrait d’une chercheuse investie dans la francophonie

Catherine Levasseur est une chercheuse interdisciplinaire passionnée par le domaine de la sociolinguistique appliquée à l’éducation et à la didactique des langues. Professeure adjointe à l’Institut des langues officielles et du bilinguisme à l’Université d’Ottawa, elle s’intéresse particulièrement à l’éducation en contexte linguistique minoritaire, à l’expérience scolaire telle que vécue par ses acteurs, aux aspects théoriques et pratiques de l’enseignement des langues, ainsi qu’à la promotion de la francophonie canadienne et du bilinguisme. C’est à partir d’une étude ethnographique de sociolinguistique qu’elle a réalisée, dans le cadre de sa thèse de doctorat « Moi j’suis pas francophone! », qu’elle présente cet article dans la revue Éducation et francophonie.

Au fait, la revue Éducation et francophonie, c’est quoi?

Éducation et francophonie est une revue scientifique arbitrée, publiée par l’ACELF, qui présente des résultats de recherche inédits sur l’éducation en langue française. Depuis 1971, elle contribue à l’avancement des connaissances en éducation francophone au Canada et stimule la réflexion des leaders du domaine. Les thèmes qu’elle aborde touchent tous les ordres d’enseignement et font appel à la contribution de différents chercheurs à travers la francophonie canadienne et internationale. Son numéro « La francophonie : un objet à redéfinir », paru au printemps 2020, propose de considérer l’école comme un lieu de scolarisation, mais aussi un lieu de socialisation et de construction identitaire à l’ère de la mondialisation. Vous aimeriez en savoir plus? Faites la lecture de ce numéro de la revue dès maintenant!

Un merci tout spécial

Cette capsule fait partie d’une série de trois vidéos basées sur le numéro « La francophonie : un objet à redéfinir », de la revue Éducation et francophonie. Ces dernières ont notamment été réalisées grâce à la participation bénévole d’Hélène Boulay, étudiante à la maîtrise en éducation, en collaboration avec le Centre Michaëlle-Jean pour l’engagement mondial et communautaire de l’Université d’Ottawa.

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