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Justin Davoh et Judith Charest : rencontrer l’autre, c’est gagnant !

« La finalité de l’école est de permettre la rencontre avec les autres. » Ces mots d’Albert Jacquard, célèbre généticien et humaniste français, interpellent beaucoup Judith Charest, directrice au collégial à la Cité de Toronto.

En compagnie de son complice, Justin Davoh, enseignant à l’école secondaire Toronto Ouest, Judith Charest raconte qu’elle souhaite même que l’art de rencontrer l’autre fasse partie des pratiques courantes des milieux scolaires francophones. Pourquoi? Parce que la francophonie canadienne est plurielle, diversifiée.

Alors, comment faire pour partir à la recherche de l’autre, pour bien l’apprivoiser comme disait le renard au Petit Prince? Sans tomber dans la grande théorie, Judith et Justin évoquent quelques petites pratiques gagnantes qui favorisent l’accueil et l’inclusion dans un contexte scolaire.

De l’avis de Judith Charest, trois ingrédients sont nécessaires pour atteindre le bien vivre ensemble :

– suspendre son jugement, ne pas partir avec des idées préconçues;

– se montrer curieux, poser des questions à l’autre;

– se montrer ouvert, lui tendre la main, lui montrer qu’on s’intéresse à ce qu’il ou ce qu’elle est.

« La diversité est dans la classe »

Justin Davoh renchérit en affirmant que les élèves et les collègues représentent la diversité même. Il faut trouver ensemble l’acceptation, la collaboration, le partage. Créer des liens, c’est simple comme bonjour. Ça commence le lundi matin en s’informant sur la fin de semaine de nos élèves. En leur donnant la parole et en partageant, aussi avec eux, comme prof, ce que nous avons fait. En matière de créativité, il va plus loin : « Quand plusieurs idées se mettent ensemble, il y a la créativité et en même temps l’innovation. »

Développer ses compétences culturelles, interculturelles et transculturelles

Comme le mentionne Justin Davoh, les élèves et les collègues sont les représentants de cette diversité. La classe est, en quelque sorte, le réservoir de cette ressource. C’est le point de départ pour y intégrer le savoir-vivre ensemble. Le fascicule Les compétences culturelles, interculturelles et transculturelles donne des pistes pour que la diversité soit un enrichissement en développant certaines compétences dans un contexte de construction identitaire. On y indique que « le développement des compétences culturelles vise la prise de conscience de sa propre culture, de son identité, puis de la culture des autres ». Ce sont les éléments liés à la mémoire collective, notamment en ce qui concerne la littérature, la musique, la peinture ou les faits historiques.

Une deuxième compétence à développer est l’aspect interculturel. Apprendre à grandir au contact d’autres cultures afin de voir la diversité comme un élément positif de sa propre croissance. Par exemple, dès la maternelle, les enfants prendront plaisir à écouter des musiques francophones de divers horizons. Ils pourront s’en inspirer par la suite pour dessiner ou danser.

Enfin, mettre en valeur ses compétences transculturelles, « c’est proposer des solutions qui contribuent à un nouveau savoir-vivre ensemble, c’est créer ensemble une culture collective renouvelée ». Ainsi, après avoir fait des recherches sur la protection des cours d’eau ou des forêts et avoir ainsi pris conscience du danger qui nous guette tous, une classe pourra montrer sa solidarité en participant à une manifestation aux côtés de gens directement touchés comme les Premières Nations ou les peuples de l’Amazonie.

Voir grand ensemble

Reconnaître et apprécier la diversité dans sa classe, ça ne veut pas dire renoncer à sa propre identité. Lors d’un témoignage recueilli par Francosphère auprès de Page Chartrand, cette jeune Anishnaabe Kwe de Sudbury se disait 100 % francophone… et 100 % autochtone. Pas question de choisir entre ses deux identités. « Mon identité à moi est complètement basée sur ma fierté de soi. Mais aussi, ma fierté d’être francophone et ma fierté d’être autochtone. »

L’identité francophone à l’heure de la diversité, c’est justement de Voir grand ensemble. C’est d’ailleurs le titre d’une ressource qui présente des scénarios pour favoriser la discussion entre les jeunes, les parents et le personnel enseignant sur l’identité francophone dans un contexte de diversité culturelle. Des scénarios, certes, mais aussi des questions de discussion liées aux compétences culturelles, interculturelles et transculturelles.

L’inclusion, ça se joue à deux!

Toutes ces activités n’ont qu’un seul but : permettre une plus grande inclusion de tout un chacun. Judith Charest a des mots très justes pour définir ce mieux-vivre ensemble : « Dans l’inclusion, il y a une responsabilité partagée. Dans une relation, je ne peux pas t’inclure si tu ne veux pas être inclus. Je ne peux pas m’inclure, si tu ne me fais pas de place. »

L’inclusion rejoint parfaitement la pensée d’Albert Jacquard sur le plan du savoir-être avec les autres. « Beaucoup de gens sont persuadés que vivre, c’est lutter contre les autres, alors que cette lutte, on sait d’avance qu’elle sera perdue en fin de course. Et il faut absolument se rendre compte qu’on perd son temps quand on ne sait pas rencontrer l’autre. » Alors qui voudrait être perdant ?!

Les intervenants en éducation interpellés par ce type de réflexion peuvent vivre une expérience unique en francophonie : les Stages de perfectionnement de l’ACELF. Cette formation professionnelle, donnée à Québec par des experts du milieu éducatif de langue française, offre aux participants huit jours d’échanges et d’apprentissages au contact d’autres francophones du Canada et des Amériques. Les stagiaires repartent non seulement équipés de nouvelles ressources, mais aussi transformés par de riches expériences personnelles qui marqueront durablement leur identité en tant que francophones.

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