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Faire son stage à 5000 km

Peu importe d’où l’on vient, avant d’enseigner, il faut d’abord apprendre à enseigner. Cet apprentissage passe obligatoirement par le stage. On observe, on essaie, on se trompe, on découvre: bref, c’est déstabilisant. Imaginez faire un stage dans une autre province que celle où on étudie… Cela demande de sortir de sa zone de confort et cela fait perdre ses repères, tant pédagogiques que physiques. En plus, il faut faire preuve d’ouverture et être disposé à apprendre autrement.

C’est le choix qu’ont fait Valérie Michaud, Lysanne Roberge et Audrey Roy, trois étudiantes en enseignement en adaptation scolaire et sociale au Québec. Elles ont fait leurs stages dans des écoles francophones de la Colombie-Britannique. Valérie et Audrey ont été accueillies à l’école Victor-Brodeur à Victoria. Lysanne s’est retrouvée du côté de Richmond, à l’école des Navigateurs. Toutes les trois en sont revenues avec une compréhension plus diverse de la francophonie et de ses multiples facettes telle qu’elle se vit dans l’ouest du pays.

Cet article est inspiré des bilans des stagiaires qui ont participé au programme de Stages en enseignement dans les communautés francophones de l’ACELF.

Pourquoi faire un stage à 5000 km?

Chacune des étudiantes avait ses propres raisons de choisir de faire un stage à l’extérieur du Québec : des motivations personnelles et professionnelles. Toutefois, l’intérêt de découvrir une réalité culturelle et pédagogique différente était commun aux trois, tout comme le goût de partager leur bagage et leur expérience.

Valérie mentionnait qu’elle avait hâte d’observer comment la communauté préserve la langue française et encourage son utilisation. Découvrir des artistes et auteurs franco-colombiens faisait aussi partie de ses motivations. Audrey souhaitait que cette expérience lui permette d’apprendre de la communauté francophone, de découvrir ses richesses tout en comprenant mieux les défis que les gens rencontrent. Lysanne espérait améliorer sa façon d’enseigner et découvrir des méthodes différentes adaptées à la réalité du milieu.

Pareil, pas pareil

Lorsque l’on fait face à de la nouveauté, à un nouveau milieu, le réflexe est de comparer avec ce que l’on connaît déjà, que ce soit sur le plan personnel, culturel ou professionnel. Les stagiaires ont fait le constat de plusieurs éléments marquants lors de leur expérience.

Du côté pédagogique, les stagiaires ont remarqué que l’enseignement de certains cours est différent. Par exemple, les cours de sciences humaines, de conception, de compétences pratiques et technologies ainsi que le cours d’éducation à la carrière. Elles ont trouvé intéressant, entre autres, que le cours de sciences humaines inclue la géographie, l’éthique et l’histoire. Les élèves voient plusieurs aspects en même temps et peuvent créer plus de liens entre les différentes connaissances.

Les trois stagiaires ont aussi remarqué que le système d’évaluation était différent de ce qu’elles avaient vu jusqu’à maintenant. En effet, les élèves sont évalués selon leur niveau d’acquisition de certaines compétences au lieu de notes ou de lettres. Ce qui est intéressant dans cette méthode est le fait que l’on mette l’accent sur l’évolution des apprentissages des élèves et non sur le résultat final.

Évoluer dans une autre province que celle que nous connaissons permet de constater que les rôles et terminologies dans une école peuvent différer. Par exemple, l’aide pédagogique est une personne qui accompagne quotidiennement des élèves avec des besoins spécifiques. Elle collabore aussi à la surveillance des élèves lors des repas et des récréations. La conseillère ou le conseiller scolaire intervient  pour l’ensemble de l’école. Cette personne outille les élèves pour mieux gérer les problèmes et conflits. Elle organise des activités de sensibilisation et enseigne les habiletés sociales.

Question de cultures

Pendant leur séjour en Colombie-Britannique, les stagiaires ont observé la grande place faite à la culture autochtone. En effet, les programmes du ministère de l’Éducation accordent une très grande importance à l’histoire, mais aussi à la réalité actuelle. Le personnel enseignant a un rôle à jouer auprès des élèves afin de les conscientiser aux communautés autochtones et aux éléments qui les entourent. Les sorties éducatives sont aussi des occasions pour en apprendre davantage à leur sujet. Sur le plan personnel, les stagiaires ont pu constater la présence de l’art autochtone dans différents lieux de la région. C’est un excellent moyen de sensibiliser les élèves à leurs réalités et de promouvoir cette richesse de la province.

Le constat le plus marquant fait par les stagiaires est la place accordée au français. Découvrir que des écoles francophones existent et font de grandes choses dans un milieu où l’anglais est dominant demeure toujours stupéfiant pour une personne qui vit où le français est partout. Cette réalité a demandé aux stagiaires de repenser leur rapport à la langue et de la valoriser quotidiennement. Elles avaient un rôle de modèles pour les élèves.

Parallèlement, les stagiaires ont constaté que l’identité francophone ne se définissait pas simplement par la maîtrise de la langue française. Celle-ci se définit par la culture qui unit des individus, par leur enthousiasme à la valoriser et à la promouvoir. La communauté travaille fort pour créer des liens significatifs et profonds avec les enfants afin qu’ils solidifient leur propre identité francophone.

Vivre un stage dans une autre province aura montré aux trois étudiantes qu’il existe plus qu’une francophonie. L’un des meilleurs exemples demeure la diversité culturelle du personnel scolaire des écoles où elles ont effectué leur stage. Les membres des équipes-écoles étaient tous des francophones, mais de différentes origines. C’est ainsi que les trois apprenties-enseignantes ont côtoyé des personnes d’origines canadienne, française, algérienne et camerounaise. Elles ont ainsi découvert une variété de cultures, de religions et de mots employés. Bref, elles ont rencontré un éventail d’individus riches de leur pluralité. Les stagiaires ont ainsi réalisé que toute cette diversité constitue la beauté d’être francophone.

« J’ai alors compris que l’identité francophone n’était pas uniquement associée à une seule culture, mais bien à plusieurs cultures. Celles-ci méritaient d’être partagées afin de former une communauté francophone unie. » – Lysanne

Ça ne change pas le monde, sauf que…

Enseigner différentes matières à un groupe complet d’élèves a été un défi que les stagiaires ont apprécié. Leurs expériences précédentes ne les avaient pas amenées à vivre cela. Au même titre, elles ont compris qu’il était préférable d’enseigner moins de notions à la fois. Valider la compréhension à l’aide d’exercices adaptés au niveau de l’élève était plus bénéfique au bout du compte. Valérie et Audrey ont ainsi pu apprendre une nouvelle façon de faire la prévention et la gestion des comportements en classe. Elles ont compris que la gestion de classe pouvait aussi se faire de façon personnalisée pour chaque élève.

En sciences humaines, Lysanne est fière d’avoir utilisé la littérature jeunesse pour aborder le sujet des droits des enfants. En choisissant l’album documentaire J’ai le droit d’être un enfant d’Alain Serres, elle a su capter l’attention des élèves. Par la même occasion, elle a suscité leur intérêt envers un thème complexe à comprendre. Mission accomplie car, à la fin de l’exercice, les élèves étaient en mesure d’identifier et d’expliquer certains droits.

Bref, les trois stagiaires sont satisfaites d’avoir su s’adapter à ce nouvel environnement et d’avoir réalisé ce stage. Conscientes qu’il y a eu des moments moins évidents que d’autres, elles ne regrettent aucunement d’avoir pris la décision de plonger dans cette aventure. Elles ont appris autant professionnellement que personnellement durant toute la durée de cette expérience. Lysanne, Valérie et Audrey ont grandi et ont eu la chance de s’épanouir en tant que personnes et futures enseignantes. Ces pédagogues en devenir se sentent mieux outillées pour la suite de leurs parcours professionnels.

 

Les Stages en enseignement dans les communautés francophones de l’ACELF constituent des occasions de découvrir d’autres horizons. Ils permettent à des étudiantes et étudiants du Québec inscrits à un programme de premier cycle universitaire et fréquentant une université partenaire de réaliser un stage dans une école située dans une communauté francophone au Canada. Ces stages sont d’excellents moments de partage d’expériences dans des contextes culturels et éducatifs différents. De plus, ils contribuent au dynamisme des milieux qui les accueillent.

Ce programme de stages reçoit un appui financier majeur du Secrétariat du Québec aux relations canadiennes, en partenariat avec la Commission scolaire francophone du Yukon, le Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique, le ministère de l’Éducation de l’Ontario, le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario et la Division scolaire franco-manitobaine.

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