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Chouette! On joue en français!

Souris. Île-du-Prince-Édouard. Un peu comme le phare qui s’y trouve, le regard de Geneviève Ouellette est pointé vers le large. Son cap à elle : la construction identitaire francophone chez les tout-petits. Parce que le sentiment d’appartenance à une culture, ça se cultive avant même les premiers pas d’un bambin.

Geneviève est installée depuis 2010 à Souris. Elle y est enseignante. Mais dernièrement, l’Acadienne est chargée de projets et formatrice à la Fédération des parents de l’Île-du-Prince-Édouard (FPIPE). Elle développe un projet de formation en francisation pour la petite enfance. Ce qui n’est pas sans rejoindre la vision de l’Association canadienne d’éducation de langue française (ACELF) et de la Commission nationale des parents francophones (CNPF) sur la construction identitaire dès le plus jeune âge! 

Pourquoi ce besoin de s’engager en francisation?

Parce que lorsqu’elle travaillait comme enseignante à la maternelle, Geneviève a constaté que : «75 à 100 % de mes élèves ne parlaient pas le français comme dans le 2/3 des écoles françaises de la province».   Elle s’est alors demandé : «Pourquoi les enfants n’ont pas été exposés davantage au français avant l’entrée à la maternelle?».

En 2013, un programme de francisation dans les écoles de langue française de l’île-du-Prince-Édouard, inspiré par un modèle existant au Conseil scolaire acadien provincial de la Nouvelle-Écosse, est enfin monté par une certaine Diane Bernier-Ouellette… eh oui, sa mère! Avec ses 40 ans d’expérience en littératie, la spécialiste conçoit un programme s’adressant alors aux enfants de la maternelle à la 2e année. Geneviève était très enthousiaste et elle a travaillé pendant  six ans  pour ce programme. Mais il n’y avait toujours rien pour les enfants de 4 ans et moins.

Sachant que l’acquisition d’une langue se fait beaucoup plus rapidement entre l’âge de 0-3 ans, en collaboration avec l’Association des centres de la petite enfance francophones de la province, elle décide de développer un projet de francisation en petite enfance.

C’est quoi la francisation en petite enfance?

« C’est grand la francisation », dit-elle d’entrée de jeu. Pour Geneviève,  celle-ci se divise en deux : d’un côté, il y a le développement des habiletés langagières. De l’autre, il y a la construction de son identité francophone. Les deux sont soudés.

La construction de l’identité francophone ne se réalise pas uniquement dans la salle attitrée à un enfant dans un centre de la petite enfance. Bien au contraire. Elle se développe quand l’enfant est amené à «interagir, jouer et communiquer avec son entourage dans sa communauté culturelle». Et sa communauté, ce sont ses amis, ses éducatrices, sa famille ou encore son professeur de natation!

«La francisation, c’est une approche, ce n’est pas un cahier d’exercices», tient à répéter la chargée de projets. «L’enfant doit véritablement sentir qu’apprendre à parler le français, c’est important, logique et que ça colle à sa vie de tous les jours.  L’approche à la francisation doit donc se rattacher au vécu, aux intérêts, aux besoins et aux émotions de l’enfant. »

Être des modèles

Les éducatrices et les éducateurs sont très importants dans le développement identitaire de l’enfant. C’est, entre autres, avec eux que l’enfant vit des expériences positives et amusantes en français, et ce, tous les jours. Il faut les aider à prendre conscience du rôle de modèle francophone qu’ils jouent pour les enfants. À partir du moment où ils vont jouer avec eux en français, il y aura un lien social qui va se développer. Le français va ainsi se transmettre au quotidien, tout naturellement. Le personnel professionnel en petite enfance devient ainsi de véritables passeurs culturels.

Simple comme bonjour

C’est souvent des choses très simples qui vont faire que les enfants seront contents de parler en français et développeront leur vocabulaire. Écouter des chansons francophones pendant le repas. Faire la conversation lors de jeux de rôles ou avec des marionnettes. Organiser un carnaval d’hiver en plein air avec plein d’activités en français. Ou tout simplement faire du sport en français. Bref, intégrer la langue française et la culture francophone dans les activités du quotidien. Une recette gagnante!

Des outils pour vous aider

En plus des ateliers en francisation en petite enfance qu’elle offre à l’île-du-Prince-Édouard, Geneviève a développé d’autres outils de francisation, avec des partenaires, pour aider le personnel professionnel en petite enfance.

Avec le soutien de la FPIPE et de l’Association des centres de petite enfance de l’Île-du-Prince-Édouard :

  • Un guide pratique afin de les sensibiliser à l’approche de la francisation et à l’identité culturelle à la petite enfance. On y trouve notamment de l’information pertinente sur leur rôle dans le développement langagier, culturel et identitaire des enfants.
  • Un répertoire de 30 comptines incluant pour chacune un vocabulaire simple et répétitif. Les images sont en lien avec le vocabulaire et plusieurs des comptines peuvent se faire avec des gestes.  La plupart des comptines choisies proviennent d’auteurs franco-canadiens comme Art Richard ou québécois comme Passe-Partout! On y trouve aussi des comptines traditionnelles.

En appui à l’ACELF et à la CNPF :

  • Un croquis-note pour expliquer simplement, en images et en mots, c’est quoi la francisation en petite enfance. Pour comprendre certains concepts et son rôle en tant qu’éducatrice et qu’éducateur en petite enfance. Pour savoir comment intégrer le tout au quotidien.

Les parents, des alliés indispensables

«Plus l’engagement du parent, peu importe sa langue, sera grand, plus la francisation de l’enfant sera facilitée.» Croyez-en l’expérience de Geneviève!

Que les familles soient composées de parents francophones, anglophones, et  allophones,  «il est très possible de contribuer au processus de francisation de leur enfant», explique la spécialiste. Le fait qu’ils envoient leur enfant dans un centre de la petite enfance francophone (CPE) est le premier signe que le français est important à leurs yeux. Aidons-les à cheminer avec leur enfant.

Geneviève suggère d’ailleurs des petits gestes que les parents peuvent faire pour aider à développer l’identité francophone de leur enfant.

  • Chanter les mêmes comptines qu’au CPE, à la maison.
  • Écouter des émissions de télévision jeunesse en français.
  • Embaucher une gardienne francophone.
  • Dire bonjour ou au revoir à son enfant quand il arrive ou quitte la maison.

D’ailleurs, un projet a vu le jour à l’Île-du-Prince-Édouard pour mobiliser les familles et le milieu afin d’assurer la survie de la langue et de la culture. À l’aide des guides Voir grand (ACELF, FCE et CNPF), des rencontres réunissant parents et intervenants des milieux scolaire, préscolaire et communautaire ont été réalisées dans les six régions de la province. Après les rencontres, parents et enfants sont plus engagés et on a constaté une hausse des inscriptions à la commission scolaire. Vous pourriez vous en inspirer pour votre communauté!

Geneviève Ouellette rappelle que c’est par «les choix intentionnels de paroles, de ressources utilisées, d’activités proposées, d’engagement direct» que les éducatrices et les éducateurs feront une différence positive lors du développement langagier, culturel et identitaire de l’enfant. Une fois réunies toutes ces conditions, l’enfant apprendra ainsi à vivre en français et à développer un lien positif avec sa langue.

Cette publication et ce croquis-note ont été réalisés dans le cadre du projet « Un réseau pancanadien de formation et d’outillage en construction identitaire francophone en petite enfance ancré dans les milieux » chapeauté par la Commission nationale des parents francophones (CNPF) en étroite collaboration avec l’ACELF.

Ce projet est rendu possible grâce à la contribution de l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC) qui, de concert avec la Commission nationale des parents francophones (CNPF), la Fédération nationale des conseils scolaires francophones (FNCSF), le Réseau de développement économique et d’employabilité du Canada (RDÉE Canada) et la Société Santé en français (SSF), appuie la mise en œuvre d’initiatives en petite enfance au sein des communautés francophones en situation minoritaire par le biais d’un financement du gouvernement du Canada.

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