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Jeanne Beaudoin : l’éducation, pierre d’assise d’une communauté

Jeanne Beaudoin est arrivée au Yukon en 1982. Elle s’est rapidement enracinée dans sa nouvelle patrie. Désignée membre honoraire de l’ACELF en 2017, elle a joué un rôle important dans la création et dans la gestion scolaire par et pour les francophones du territoire. Francosphère lui a posé quelques questions sur ses réalisations et ses impressions quant à l’avenir de la francophonie.

Qu’est-ce qui vous a tant motivé à contribuer à la communauté du Yukon?

La langue française est importante pour moi depuis des années. Je viens d’une famille d’indépendantistes. Le Canada est un pays bilingue et il devrait être possible de vivre en français au Yukon. Quand j’y suis arrivée, il n’y avait pas grand-chose en français. Quand j’ai eu mes enfants avec mon conjoint anglophone, j’ai tout de suite vu qu’il était facile que le français se perde, surtout pour un couple exogame. C’est un moment important qui a solidifié mon engagement pour la langue. Je suis passée à l’action pour ne pas la perdre. Nous avons réalisé beaucoup d’activités afin de faire connaître le fait français au Yukon. Nous avons voulu le faire voir comme une richesse devant la communauté majoritaire anglophone, plutôt qu’une menace.

De quoi êtes-vous le plus fière? Pourquoi? 

Je suis fière du travail fait pour l’éducation en français et de la création de la première garderie francophone au Yukon. Une école, c’est la pierre d’assise d’une communauté. C’est un outil indispensable pour qu’une langue et une culture puisse vivre et être en santé. Tout mon travail pour la création d’un système d’éducation et la création de la Commission scolaire, dans la défense de l’article 23 de la Charte… je suis contente d’avoir participé à cet effort et d’avoir été une leader et une pionnière.

Que retenez-vous de ce que vous avez réalisé?

Aujourd’hui, dans la province, les gens arrivent et les services en français sont en place. Il n’y avait rien quand je suis arrivée. Les nouvelles générations n’ont pas la même approche par rapport à la pérennité de la communauté et à l’engagement. Les revendications politiques sont différentes et moins intenses, j’ai l’impression. C’est important de responsabiliser les gens par rapport au rôle qu’ils ont à jouer. Les parents ont un rôle important à jouer à la maison dans la transmission de la culture. Ça ne peut pas se faire uniquement à l’école.

Un grand défi est d’approcher les membres de la majorité anglophone et d’en faire des alliés. Je ne sais pas comment réaliser cette approche. On a fait beaucoup de chemin, beaucoup de progrès, mais il reste que pour moi, le français reste fragile. Au Yukon, la communauté est petite, mais elle grandit vite. Faut pas lâcher!

Vous avez confiance en l’avenir?

Oui. Je me dis que j’ai fait ce que j’avais à faire. Le reste appartient aux nouvelles générations. C’est une belle communauté francophone, ici. Les nouveaux parents sont plus responsables qu’ils ne l’étaient. Ils vivent souvent en français à la maison et les parents s’assurent que ça se transmette. Ce n’était pas comme ça quand j’étais jeune maman. Les jeunes, ils sont beaux. Mais je sais qu’il y a encore beaucoup à faire. On doit continuer à faire des revendications politiques auprès des gouvernements.

On vit à une époque de mondialisation. Beaucoup de choses ont changé. Cette fierté et ce désir de vouloir garder des spécificités culturelles, j’ai l’impression que c’est moins fort que c’était avant, chez les jeunes. Faut rester attentif à cela.

Comment engager la jeunesse? 

C’est une bonne question. Je ne sais pas trop. Il y a beaucoup de choses qui se font. Je me souviens d’une jeune femme qui avait participé à une activité jeunesse, probablement avec la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF). Elle a dit que ça lui avait offert une nouvelle perspective.

On peut les engager par l’exemple, aussi. Lorsque la transmission passe par la famille, et que c’est bien fait, ça peut fonctionner. Devant la culture américaine et anglophone qui est si forte, il faut fournir des efforts extraordinaires pour que la musique et la culture ait une place. La valorisation de la culture en français est si importante, alors il faut se donner les moyens!

L’identité francophone, c’est encore fort chez vous?

Certainement. La francophonie au Yukon est relativement jeune, environ 35 ans. Les mamans et papas transmettent leur culture, je trouve ça rassurant. Il y a d’autres choses qui se passent dans le monde, et qui sont peut-être plus importantes. Il y a d’autres combats qui sont majeurs, que ce soit en environnement ou en lien avec les inégalités sociales. Mes enfants sont Franco-Yukonnais. Ils parlent français mais ne sont pas nécessairement engagés de la même façon que moi. Mon engagement s’est fait au bon moment, avec l’adoption de la Charte et tout le reste. Ce désir de garder sa culture en vie, il est conscient et profond. Il demande un effort supérieur.

Jeanne Beaudoin, membre honoraire 2017, avec la présidente de l’ACELF, Anne Vinet-Roy.

 

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