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Henri Lemire : fierté et persévérance

Désigné membre honoraire de l’ACELF en 2017, Henri Lemire est reconnu pour son esprit d’équipe et son dévouement. Directeur général du Conseil scolaire Centre-Nord de l’Alberta durant plus de 20 ans , il a insufflé une vision qui a eu une portée incontestable en éducation francophone dans sa province et au Canada. Francosphère a discuté avec cet homme convaincu du rôle et de la mission pancanadienne de l’ACELF.

Qu’est-ce qui vous a tant motivé à contribuer à la communauté de votre région?

Je le vois surtout comme une prolongation de la façon dont j’ai été élevé dans ma communauté et dans ma famille. Dans le petit village de Falher, les religieux ont eu un effet très positif. J’ai passé cinq ans dans un collège de garçons et ça m’a beaucoup influencé. Les pères Oblats nous disaient : « Vous êtes l’élite de la région de la Rivière-la-Paix. Vous avez été choisis pour venir ici et vous devez contribuer à l’avenir de la vitalité de la région, de la foi et de la langue. »

De quoi êtes-vous le plus fier? 

Je suis fier d’un cumul de plusieurs éléments. D’un point de vue personnel, j’ai été directeur général d’un conseil scolaire anglophone pendant cinq ans, puis directeur général d’un conseil scolaire francophone pendant 20 ans. Je suis fier de cette longévité, considérant les conditions parfois plus difficiles et la précarité même du poste. D’un point de vue professionnel, je suis surtout fier du nombre croissant des écoles de langue française. À mon arrivée au Conseil scolaire Centre-Nord, en 1996, il y avait seulement six écoles et environ 1 000 élèves. Aujourd’hui, il y a plus de 3 300 élèves et 19 écoles.

Il faut dire qu’ouvrir une école, ça n’a jamais été facile. On doit constamment convaincre le gouvernement de ce besoin. L’une d’elles a ouvert ses portes dans les bureaux d’un conseil scolaire anglophone, une autre a été installée dans une Légion. Il y a même une école secondaire qui est restée sept ans au sous-sol d’un hospice de personnes âgées! Les conditions étaient presque toujours difficiles. On a tout essayé pour faire avancer la cause de la francophonie, un travail sans fin.

Que retenez-vous de ce que vous avez réalisé?

C’est un peu comme une armure : tous les jours, tu t’en vas au combat contre l’assimilation. C’est un combat où tu jappes, où tu grinces, mais tu n’attaques pas directement, car tu n’es pas vraiment équipé. Il faut agir dans un esprit de dialogue, de patience et de compromis. À la longue, on a gain de cause.

J’ai aussi bien aimé les mandats au cours desquels j’ai travaillé de près avec la communauté. Ensemble, nous avons mis maints projets collaboratifs en place. C’était très valorisant pour le personnel et on a bien vu les impacts concrets et positifs dans les écoles et la communauté.

Vous avez confiance en l’avenir?

L’avenir n’est pas nécessairement plus glorieux. Beaucoup de gens ne démontrent pas d’engagement solide envers leur francophonie. C’est la réalité. Trop encore abandonnent la langue de leurs parents. Cela demande tout un effort, un effort soutenu et constant. Il y a une espèce de paresse qui se développe à la longue si ça ne fait pas partie de tes valeurs. La langue, comme le sport ou l’environnement, fait partie d’un ensemble de valeurs personnelles et familiales. On en choisit quelques-unes pour lesquelles on s’investit et on est fier. C’est un choix. Mon souhait est que tous les finissants de nos écoles véhiculent incessamment cette valeur langagière avec fierté et conviction.

Chaque fois qu’une famille décide d’envoyer son enfant dans une école française, c’est un choix en faveur de la langue française. Au sens légal, ça a un impact aussi. Au début, nous avions de petites écoles, certaines avec moins de 20 élèves. Aujourd’hui, les parents peuvent faire plus facilement ce choix en faveur de l’école grâce aux gains des francophones réalisés par le passé.

Comment accrocher les plus jeunes à la francophonie? 

Ça se fait à l’aide de contacts personnels forts et en rencontrant les gens. Il faut sortir de son milieu, ouvrir ses horizons. Bien vite, quand on voyage, on se rend compte qu’ailleurs, le français est employé fréquemment par beaucoup de gens partout sur la terre. Plaçons les jeunes dans une situation où ils réalisent : « wow, tous ces gens parlent français! »

L’identité francophone, c’est un sentiment fort chez vous?

Je n’ai jamais eu peur de parler français, sans être un grand militant. J’étais fier, j’étais engagé et je le suis encore. Notre identité, même si elle évolue au fil du temps, est fondée par ce qu’on a connu. Je me définis en fait plus comme un Canadien-français même si ce terme n’est plus actuel. La première fois que j’ai entendu le mot « francophone », c’était à l’université. Aujourd’hui, beaucoup de gens semblent préférer se définir comme bilingues.

Une grande satisfaction pour moi aujourd’hui est que mes deux petits-fils, qui fréquentent l’école de langue française, savent que pour jouer avec grand-papa, il faut parler français. Malgré qu’ils soient jeunes, je les sens fiers d’être francophones et bilingues. Espérons qu’ils le demeurent.

Henri Lemire, membre honoraire 2017, avec la présidente de l’ACELF, Anne Vinet-Roy.

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